TheologosAnalele Universității de Vest din Timișoara · Seria Teologie

Numărul 9 / 2003

L’office liturgique et les objets de culte dans la Dacie post-romaine et les territoires extracarpatiques


Il ne nous reste aucune information écrite quant au déroulement de la Sainte Liturgie dans les Eglises daco-romaines. Conformément au 19ème canon établi par le synode local de Laodicée de 343, la Sainte Liturgie était officiée suivant l'ordre: le sermon, la prière des catéchumènes, puis celle des pénitents ; trois prières pour les croyants ; l'offre de la paix, l'accomplissement du Saint Sacrifice ; la communion1. Le 17ème canon du même synode prévoyait aussi que l'on introduise des lectures à visée didactique entre les psaumes2. Nous ne savons pas si dans l'espace daco-romain ces moments étaient connus et respectés dans leur intégralité. Nous ne connaissons pas, non plus, les éventuels échos produits par les évolutions que le domaine de la Liturgie a connues à partir du IVème siècle3.

Dans les communautés vivant dans les régions du sud et du nord de l'ancienne province, où les traditions de l'activité de culte étaient plus puissantes- fait prouvé par les nombreux lumignons servant aux cérémonies officiées dans les églises4- il doit y avoir eu lieu une vie chrétienne plus intense qui était, très probablement, influencée par la théologie et la pratique de culte occidentales5. Il y a aussi des ampullae à l'image de Saint Mina, découverts à Porolissum, à Dierna et dans un endroit inconnu du Banat, qui pourraient relever l'intérêt que les chrétiens vivant dans ces régions-là éprouvaient à l'égard des objets et des liquides bénits (l'eau bénite, l'huile bénite) apportés des divers pèlerinages6.

Si, tel que Nicolae Gudea l'a proposé, on peut lire l'acclamation I(N) (CHRISTUM) UNIUM (VICTORIA) sur le fragment de vase trouvé à Porolissum, alors celle-ci nous rappelle la formule du credo de Nicée (de l'an 325)7 et serait le seul témoignage écrit sur l'orthodoxie d'une des communautés daco-romaines vivant dans l'espace de l'ancienne province au IVème siècle. De même, le monogramme et la croix qui se distinguent sur certains lumignons, fragments de vases, couvercles, etc., le « Doux Berger » marqué sur le relief en ivoire trouvé à Romula ou bien l'oiseau (la colombe) que l'on voit sur le fragment de vase trouvé à Porolissum et sur le lumignon trouvé à Dej, reflètent tous la dévotion des croyants daco-romains envers les personnes de la Sainte Trinité- le Père, le Fils et, respectivement, le Saint-Esprit8.

La découverte dans des habitations de l'est et du sud des Carpates de quelques vases à croix9, dont certains à but liturgique, permet d'avancer l'opinion selon laquelle l'on officiait les éléments fondamentaux du culte aussi dans les Eglises situées à l'extérieur des Carpates. Vu les liens que ces communautés-là entretenaient avec Mésie II et Scythie Mineure, l'influence de l'Orient chrétien doit y avoir été plus évidente.

Quelques termes chrétiens d'origine latine existant dans notre langue sont à même de nous offrir certains éléments de la liturgie officiée dans les Eglises daco-romaines, tels que : « ruga »< roga<rogare10, « inchina »<inclinare et « inchinaciune »<inclinatio11, « cant »<cantus , « canta » < cantare et « cantec »<canticum12, « scriptura »13, « cuminica » et les anciens dérivés « cuminicatura, cuminicaciune » <comminicare <communicare14. Le dernier vocable est étroitement lié à l'eucharistie-secret fondamental dans la vie chrétienne. Les basiliques de Slăveni (département de l'Olt)15, Porolissum16, Dierna (Orșova, département de Mehedinți), Gornea17, Tibiscum (Jupa, département de Caraș-Severin)18, Drobeta (Turnu-Severin)19, Cenad (département de Timiș)20, de même que les pintaderae de Jabăr (département de Timiș) et de Pălatca (département de Cluj) constituent des preuves indubitables de la célébration de cet « acte social par excellence »21. Vu la sémantique de la notion communico- « partager avec quelqu'un », on ne peut pourtant pas exclure qu'au nord du Danube on n'ait pas pratiqué une coutume rencontrée aussi dans l'Empire-blâmée d'ailleurs par le synode de Laodicée- c'est-à-dire l'envoi de la Sainte Communion d'une localité à l'autre à l'occasion des fêtes de Pâques, tel que l'on faisait avec le pain bénit22. Selon l'opinion de N. Zugravu23, ces aspects plaident en faveur de l'origine locale, et non pas missionnaire, des termes « cuminica, cuminicatura, cuminicaciune » et de leur plus grande ancienneté dans le vocabulaire chrétien daco-romain-bien avant les « premières décennies du Vème siècle », comme le considérait Vasile Pârvan24.

Cette brève analyse mène à la conclusion que la liturgie eucharistique, d'origine apostolique, de même que d'autres éléments du culte ont été officiés en latin à l'intérieur de l'ancienne province. Dans les provinces occidentales, le processus de « latinisation intérieure de l"Eglise » s'est achevé au IVème siècle25. Sur le territoire daco-romain, ce phénomène doit avoir commencé au temps de la Principauté déjà, s'accélérant suite à la retraite des troupes d'Aurélien. Le christianisme y a été, comme dans d'autres régions du monde méditerranéen, « un facteur de latinisation »26. L'inscription marquée sur le donarium trouvé à Biertan (département de Sibiu) et celle du fragment de vase trouvé à Porolissum, de même que les termes chrétiens d'origine latine existant en roumain en constituent des arguments incontestables.

Le manque d'informations directes concernant les activités de culte déroulées dans les Eglises romanes ne doit pas nous empêcher de croire à leur pratique et de soutenir que les aspects essentiels de la foi chrétienne n'étaient pas connus par les croyants du nord du Danube. Certes, vu les conditions politiques, démographiques et culturelles spécifiques aux régions situées à gauche du fleuve, certaines particularités et différences étaient normales. Elles se manifestaient, d'ailleurs, dans l'Empire aussi ; Sozomenos, qui a écrit autour du milieu du Vème siècle, présentait dans son Histoire toute une liste de différences et de discordances apparaissant dans l'organisation, la liturgie, les fêtes et les pratiques de culte des diverses églises et unités ecclésiastiques de l'Orient et de l'Occident : « tous les peuples ne se rassemblent pas à l'église les mêmes jours ou aux mêmes heures » ; « ...ne font pas recours tout le temps, ni partout, aux mêmes prières, mêmes psaumes ou mêmes livres », etc.27 Ces différences n'indiquaient pas le manque de foi, ni ne menaçaient l'unité fondamentale de l'Eglise, puisque le respect des traditions et des pratiques locales avait été institué dès les premiers temps du christianisme28. L'Eglise, écrivait Boethius, « reste un corps unique à travers l'autorité et la tradition universelle des ancêtres, mais chaque église a ses coutumes particulières et sa propre vie, étant dirigée par rapport aux exigences locales et à ce que ses dirigeants trouvent de plus juste»29. Nous devrions nous imaginer la vie chrétienne des croyants romans de la même manière. Il n'y a pas eu parmi eux des conflits d'idées à l'ampleur de ceux de l'Empire. Simples, ils se tenaient loin des subtilités doctrinaires qui acharnaient les dirigeants des églises, les théologiens, les souverains. D'ailleurs, même à l'intérieur de l'Empire, peu d'entre eux se laissaient entrainer dans des disputes, souvent stériles30.

L'intervalle qui s'ouvre par l'invasion des Huns marque le début d'une nouvelle étape dans l'histoire des régions du nord du Danube. Les processus de généralisation de la romanisation a continué sur le fond des conséquences provoquées par l'impact oriental - l'abandon des centres ruraux, l'instauration du mode de vie rural, le début de l'uniformisation de la culture matérielle.

Un argument important de la continuité de vie chrétienne dans les territoires du nord du Danube à l'époque post-aurélienne est représenté par l'identification de quelques objets chrétiens qui auraient pu servir aux activités liturgiques ou au meublement des édifices de culte.

C'est à l'intérieur de l'édifice de Slăveni (département de l'Olt)31 que l'on a découvert un fragment de plaque de calcaire pour cancelli ayant une croix monogrammatica et un tombeau aménagé au fond de la pièce qui abritait le trésor32-probablement celui d'un martyr ou d'un clerc y ayant officié33. A Porolissum (Moigrad, département de Sălaj), là où l'on avait aménagé une basilique à l'intérieur de l'ancien temple du dieu Bel à la fin du IVème siècle34, on a découvert un fragment de céramique d'un vase, produit local daté vers la deuxième moitié du siècle mentionné35. Les symboles (le monogramme chi-rho, la croix, l'arbre évangélique ou le rameau d'olive, l'oiseau-l'image du Saint-Esprit) et, éventuellement, les formules de type acclamatio (IVIVATIS IN DEO ; I(N) (CHRISTUM) UNUM (VICTORIA)36 qui s'y trouvent font preuve de son utilisation pour des actes de culte spécifiquement chrétiens. Tel que le montre une autre inscription d'un vase trouvé toujours à Moigrad : EGO... VLVS VOT(um) P(osui) (« Moi...(Paulus ?, Zenovius ?)37, j'ai accompli la promesse »), ce vase avait probablement été offert à la communauté chrétienne par un croyant. Un vase du même type, sur la partie inférieure duquel on avait incisé, après la brûlure, le monogramme chi-rho, a très probablement pu avoir un emploi semblable38.

A Biertan (département de Sibiu), on a découvert une tablette (un pendentif de veilleuse) votive contenant l'inscription EGO ZENO/VIVS VOT/VM POSVI, un disque à chrismon et une chaîne (des chaînes ?), qui constituent tous une offrande déposée par un croyant ou un missionnaire dans une église de la région39. La pièce respective (un donarium) faisait partie d'un lumignon utilisé pour l'éclairage, étant datée à la première partie du IVème siècle40. L'idée que les pièces mentionnées appartenaient à une construction religieuse est soutenue aussi par le fait qu'on les a trouvées ensemble à des fragments de tasse et à une petite bassine en bronze, qui étaient utilisés comme vases liturgiques41. Un fragment de fond de vase produit à Ulpia Trajana et ayant une chrisma quasiment identique à celle de Porolissum a pu appartenir à un objet liturgique utilisé dans une bâtisse chrétienne de l'ancienne métropole dace42.

Un sceau en terre brêlée servant à estampiller le pain eucharistique, trouvé dans la communauté de Jabăr (département de Timiș) et daté à la deuxième moitié du IVème siècle-première moitié du siècle suivant43- et un autre, surgi en position secondaire en M3 de Pălatca (département de Cluj)44 auraient pu, très probablement, être aussi employés pour la messe liturgique officiée dans les communautés respectives.

Les petites cuillères en argent, découvertes à Cioara-Deleni (département de Salaj)45, à Dierna (Orșova, département de Mahedinți)46, à Buciumi (département de Cluj)47 et dans un endroit de Transylvanie qui n'est pas précisé48 et datées au IVème siècle, auraient pu être utilisées dans le rituel eucharistique. Il y a aussi d'autres objets qui ont été découverts et qui, grâce à leurs symboles, peuvent être considérés comme ayant une utilisation liturgique : un lumignon en bronze au manche en forme de colombe, trouvé à Dej (département de Cluj) et daté aux IV-Vème siècles49, une tasse dace ayant le signe de la croix incisé sur le fond, découverte à Gornea et datée aux III-IVème siècles50, de même que les lampes en terre brûlées ayant comme décor soit le monogramme (Potaissa51), soit la croix qui a été trouvée à Apulum (2)52, Ulpia Trajana53, Romula (Reșca, département de Dolj) (2)54, Ilișua (département de Bistrița-Năsăud)55, etc56. D'autres lumignons, inclus par certains chercheurs dans la catégorie des objets chrétiens, dû au fait qu'ils présentent « des motifs décoratifs d'époque chrétienne sur le disque »57, ont un caractère douteux58.

Beaucoup de ces découvertes apparaissent dans les milieux urbains (Ulpia Trajana, Apulum, Romula, Potaissa, Porolissum), d'autres dans les anciens centres urbains et militaires ou dans des communautés rurales, ce qui indique l'extension, suite à la retraite aurélienne, de l'évangélisation aussi parmi d'autres catégories d'habitants du territoire du nord du Danube. L'existence des chrétiens abandonnés par l'Empire au IVème siècle a été une réalité, confirmée par le 2ème canon du deuxième synode oecuménique (Constantinople, 381), qui prévoyait que : « Les églises de Dieu qui se trouvent parmi des peuples barbares doivent se gouverner selon la coutume instaurée par les Pères »59.

Dans certaines parties des régions de l'est et du sud des Carpates, il y a eu au cours du IVème siècle des conditions et des facteurs qui ont permis la diffusion de la religion chrétienne, le renforcement et le développement des « églises » qui s'y formaient. Parmi ces facteurs on peut nommer : l'inclusion de la partie sud de la Moldavie dans la Mésie Inférieure avant la fin du IIIème siècle60-la vie chrétienne de la région doit, par conséquent, être considérée comme une suite à celle d'avant -; le contact permanent, sous de diverses formes, de la population vivant à gauche du fleuve avec la romanité du sud du Danube ; le refuge que beaucoup de chrétiens ont trouvé, pendant les grandes persécutions du temps des Tétrarchies, chez les « barbares » qui les ont abrités en leur assurant la libre profession de la foi61. De même, la constitution par l'Empire de plusieurs points renforcés sur la rive nord du Danube (la fortification près de Turnu Măgurele, celle de l'embouchure de la rivière Ialomița dans le Danube, la tour de Barboși-département de Galați ); l'extension des frontières de la province Mésie Seconde jusqu'au sud de la Moldavie 62; la propagation de la nouvelle religion parmi les tribus germaniques, par l'implication directe de l'autorité impériale63 ; l'extension, à la fin du IVème siècle, de l'aire juridictionnelle de l'archevêché de Constantinople sur les éparchies du diocèse de Thrace et sur les « contrées barbares » qui en dépendaient64. Conformément aux données du Martyre de Saint Sava le Goth, sous la domination d'Atharic sur la Munténie il y avait des églises (des communatés) orthodoxes dans les «villages » et les « villes »65.

L'intervalle qui s'ouvre par l'invasion des Huns66 marque le début d'une nouvelle étape dans l'histoire des régions du nord du Danube. Cette évolution a eu des conséquences sur le plan de la vie religieuse aussi, en bouleversant l'organisation ecclésiastique (le dispersement de certaines des communautés urbaines de l'ancien territoire romain situé à gauche du fleuve67, la suppression des fonctions épiscopales au sud du Danube68, la destruction des édifices de culte69, la diminution des liens traditionnels avec les centres chrétiens de Mésie, de Pannonie et d'Illyrie à cause de l'arrivée des Wisigoths en Illyricum (380-401)70), en causant la diminution des contacts intercommunautaires et la réduction massive du nombre d'objets spécifiques71.

Cependant, la vie chrétienne ne semble pas entièrement compromise, car il y a encore des conditions qui puissent assurer la continuité de son développement. La co-habitation, plus ou moins étroite, pendant presqu'un demi-siècle, des chrétiens latinophones avec les païens barbares arrivés suite à la migration des Huns, a généré des contacts et des interférences spirituels, mais a contribué aussi à l'accentuation des différences. La destruction du conglomérat des Huns, le changement de l'équilibre politique en faveur de l'Empire dans la région du Bas et Moyen Danube, l'instauration d'une période de calme relatif, tous ces facteurs ont généré une nouvelle étape dans l'histoire du territoire du nord du Danube, y compris sur le plan religieux72. Le fait que, après la moitié du Vème siècle, le christianisme a continué se répandre parmi la population vivant à gauche du fleuve a été, en premier lieu, un phénomène interne. Le christianisme latinophone s'est prouvé être, de ce point de vue, non seulement un moyen de garder l'individualité ethnique, linguistique et spirituelle et de se rapporter à la romanité impériale, mais aussi une voie d'intégration des pratiquants d'une autre foi. Paradoxalement presque, les migrations ont mené, tant en Occident qu'en Orient, au triomphe de la romanité chrétienne73. Les latinophones chrétiens du nord du Danube doivent avoir été les vrais apôtres anonymes parmi les païens à côté desquels ils vivaient.

A partir du milieu du Vème siècle et tout le long du siècle suivant, il s'est manifesté dans l'espace carpato-danubien-pontique des conditions qui ont favorisé la consolidation et le développement des communautés chrétiennes, de même que la christianisation des habitants encore païens. L'atmosphère favorable à l'ascension du christianisme existant au nord du Bas Danube est prouvée aussi par le nombre considérable d'objets chrétiens ou ayant des marques chrétiennes, dont il est pourtant difficile d'établir l'utilisation liturgique. C'est ainsi que de Sucidava (Celei, département de l'Olt) nous proviennent plusieurs matériaux chrétiens ou ayant des marques chrétiennes : un bloc en calcaire avec les lettres alpha et oméga74 ; des tuiles et des briques au monogramme chi-rho ou décorées avec une croix 75; deux lumignons avec anse en forme de croix76 et un lumignon avec croix sur le fond77 (les deux datés au VIème siècle) ; un moule en pierre servant à couler des petites croix 78; une pièce en forme de disque ayant une décoration centrale en forme de carré entouré de croix en relief79 ; une croix en feuille de cuivre80. Sucidava doit avoir été le plus important centre chrétien du nord du Danube, contrôlé par l'Empire et dépendant de l'évêché d'Oescus, soumise à son tour à l'archevêché de Iustiniana Prima81.

Dans une autre localité du bord du Danube, à Drobeta ( Drobeta-Turnu Severin, département de Mehedinți) on a découvert deux lumignons de terre brûlée avec manche en forme de croix82. A Dierna (Orșova, département de Mehedinți) on a trouvé quatre lumignons datés aux V-VIème siècles83, une ampulla à l'image de Saint Mina84 ; à Litterata (= Lederata) où il y avait une Eglise soumise à l'archevêché de Iustiniana Prima85 on a trouvé un lumignon en bronze avec manche en forme de croix, au bout duquel il y avait une colombe86 ; et à Ostrovul Banatului (département de Mehedinți) on a trouvé un lumignon avec anse en forme de croix (V-VIème siècles)87.

Plus au nord du Danube on a découvert d'autres matériaux chrétiens ; de Romula (Reșca, département de l'Olt) il nous provient un lumignon en bronze en forme de paon88, un autre décoré sur le disque avec un paon89 et une petite croix en bronze90. De Bumbești (département de Gorj) on a récupéré un lumignon en terre brûlée avec croix sur le disque91 et de Răcari (département de Dolj) un avec croix sur le fond92.

Dans la région ouest de l'ancienne Dacie il est apparu un lumignon en bronze en forme de poisson, à Lipova (département d'Arad, au VIème siècle)93, une chaudière en cuivre (servant à contenir l'eau bénite ?) décorée sur le fond avec une croix en relief à Periam (département de Timiș-aux V-Vième siècles)94.

Sur le territoire intracarpatique de l'ancienne province on a trouvé plusieurs objets à caractère chrétien. De Porolissum, par exemple, il nous proviennent au Vème siècle un pendentif en plomb en forme de croix95 et, le siècle suivant, un lumignon en bronze en forme de colombe96 et, très probablement, une petite gourde (eulogia) à l'image de Saint Mina97. A Potaissa on a trouvé un lumignon « nord-africain » (VIème siècle)98 ; à Ulpia Trajana, une copie locale d'un lumignon de type « ouest-méditerranéen »99 ; dans le camp de Feldioara-Războieni (département d'Alba), un objet semblable produit dans la région du Bas-Danube100 ; et à Gherla (département de Cluj) un lumignon « syro-palestinien »101. A Apulum on a identifié plusieurs lumignons qui ont pu être utilisés dans un édifice de culte quelconque, comme suit : deux exemplaires de type « ouest-méditerranéen », un daté au Vème siècle102 et l'autre au VIème siècle103 et deux datés au VIème siècle, dont l'un « danubien », ayant l'anse décorée avec une figure humaine104 et l'autre « grec », sur le disque duquel apparaît le buste d'un personnage ayant une couronne de rayons autour de la tête105. A Dej (département de Cluj), on a trouvé un lumignon en bronze avec chrisme et manche en forme de colombe, ayant probablement été utilisé dans un édifice de culte106.

Les estampilles en argile servant à contenir le pain bénit qui ont été découvertes à Pălatca107 (attribuées par certains chercheurs aux Goths chrétiens) et à Jabar108 attestent non seulement la présence des chrétiens sur ces territoires, mais très probablement aussi celle de quelques prêtres, donc de certains édifices de culte109 .

L'existence d'objets chrétiens sur le territoire de l'ancienne province de Dacie constitue un argument de la continuité de la population daco-romaine, la seule qui disposait de la tradition de la signification et de l'emploi liturgique de la plupart d'entre ces objets.

Rezumat

Cultul creștin, al cărui centru este Sfânta Liturghie implică două laturi. Una având caracter individual și privește nevoile religioase personale ale credincioșilor și alta cu caracter comunitar și vizează colectivitatea creștină. Latura personală a cultului creștin s-a dezvoltat mai ales în prima perioadă a creștinismului, în epoca persecuțiilor religioase când creștinismul era interzis iar cea socială era pusă în evidență, în special, după anul 313, când creștinismul a dobândit libertate iar Sfânta Liturghie și cultul public se va fi oficiat în biserici.

Aceste două aspecte sunt, cu siguranță, comune și teritoriului fostei provincii Dacia după retragerea aureliană, deși izvoarele și mărturiile arheologice sunt foarte sărace. Totuși, existența lor probează creșterea progresivă a numărului de adepți și dezvoltarea comunităților, sporirea în complexitate a actelor de cult și, cu siguranță, întreținerea unor legături cu Biserici din Imperiu, constituind un argument important al continuității vieții creștine în spațiul nord-dunărean în epoca post-romană.