D’après l’expression de l’ historien George Baritiu, Sava Brancovici a été l’un des plus importants hyiérarches roumains qui s’est inspiré de l’esprit de l’Evangile et du peuple roumain… « la résistance de Sava aux innovations sans cesse de son église et à toute une propagande fanatique des super intendants reformées, est une outrage non seulement pour les dernières, sinon pour toute l’aristocratie calviniste de Transylvanie et de Hongrie qui, voyant les violentes tentatives de l’évêque catholique et des jésuites de dissoudre et de détruire la réforme, s’efforçait à multiplier à tout prix leur secte et à consolider la monarchie par la conversion de l’entier peuple roumain à la loi calviniste. Le métropolite Sava, quoique vieux à l’époque et souffrant de podagre, s’opposait de toutes ses forces, mais, selon le déroulement du procès, très peu, ou sans aucune aide de la part du clergé asservi, terrorisé et à la fois très ignorant. De cette manière le métropolite Sava devait faillir et très gravement. L’enlèvement de la fortune au temps d’Apafi était une chose quotidienne. On en trouvait facilement des causes ou pour meilleur dire plusieurs prétextes et de faux témoins. Les deux seigneurs Szekely et Nalaczy enviaient depuis longtemps la fortune du métropolite. On convoque une synode à demande, on prend témoins des prêtres infâmes et le métropolite est déposé, dégradé, jeté en prison, battu au sang, selon les dires de Cserei, puis, après que la nouvelle de cette infamie fut arrivée aussi à Constantinople, il fut libéré pour un temps du prison1».
L’historien ne pourra écrire et apprécier l’activité du métropolite Sava Brancovici dans toute son étendue et importance, qu’ à condition de ne pas ignorer la situation politique et religieuse du peuple roumain de Transylvanie , lorsqu’il prit la charge de l’église roumaine.
Au temps de la règne des princes Rakoczy II (1653) et Mihai Apaffi (1669) on a codifié sous le titre : Approbatae et Compilatae Constitutiones Transilvaniae les lois diétales des années 1540 jusqu’au 1653 et celles des années 1654 – 1669, dont quelques- unes furent décrétées et qui imposaient la dissolution de l’église et de la nationalité du peuple roumain2. « Ceux de la secte des Roumains doivent souffrir seulement pour un temps, selon la volonté des princes et des rois». « puisque la religion roumaine non plus n’est une des religions réceptives»3. « Ceux qui ne voudraient pas se retourner à la vraie religion (calviniste) doivent être expulsés, soient-ils des évêques, des curés ou des moines.4
Comme le métropolite Simion Stefan était le chef et le représentant de l’église, Gheorghe Rakoczy par le diplôme de 10 octobre 1643 va le mettre sous la dépendance du super intendant calvin et en plus il va enlever de sa juridiction trois archidiocèses du département Fagaras, et des autres départements les églises Alamor, Orastie, Hateg, Hunedoara, Ilie et Cris, toutes étant mises sous la juridiction du super intendant calviniste; par les conditions spéciales du même diplôme il a détruit non seulement toute l’autonomie de l’église, mais en même temps il a éliminé les dogmes qui différenciaient l’église chrétienne de l’église réformée5. Celui qui va suivre Stefan Simion, le métropolite Daniil semble avoir quitté sa fonction à cause de ces circonstances exceptionnelles allant dans Le Pays Roumain en 16536.
A ce moment fit son apparition Sava Brancovici, homme illuminé et énergique, diplômé et théologien distincte, que le prince Rakoczy va confirmer comme métropolite justement pour ses qualités éminentes, sa culture et son énergie7. Son autorité et son influence sont observables dans le décret de nomination, par lequel il va regagner le droit sur les églises que les calvins avaient enlevées sous Gheorghe Rakoczy I et il va obtenir le renforcement de sa juridiction sur toutes les églises roumaines de Transylvanie, Hongrie et Banat, de même qu’on a vu plus haut, c’est-à-dire aussi sur ceux du pays de Fagaras, quoiqu’en diplôme on ne fasse aucune référence aux églises du Fagaras.
Le plus grand succès l’a eu le métropolite Sava lorsque par le diplôme de renforcement on ne lui imposait aucune des conditions existantes dans les 158 points du diplôme de Rakoczy comme on avait imposées au métropolite Simion Stefan et puis au métropolite Iosif Budai, celui qui va suivre Sava. N. Iorga pense que ces spécifications manquent du diplôme justement parce que Rakoczy ne croyait qu’on aurait besoin de tels devoirs écrits s’il s’agissait d’une personne comme Sava, un noble et un sage9.
On n’a imposé au métropolite Sava aucune condition pour la promotion du calvinisme. Au contraire, tous les princes transylvains qui se sont succédés à son temps à commencer par Rakoczy jusqu’à Apaffi ont accompli ses volontés10, parce que Sava était un bon personnage politique pour les missions à l’étranger, un homme dont le renom s’étendait au-delà des frontières11. Beaucoup de fois il a été envoyé comme messager aux princes de la Moldavie et du Pays Roumain et en Russie12. Connaissant beaucoup de gens et étant au courant avec la transformation des choses humaines afin d’assurer sa position il a demandé et a obtenu la confirmation de chacun de ces princes passagers, c’est-à-dire de Francisc Rhedei, Acatiu Barcsai, Ioan Kemeny et dernièrement Apaffi13.
Dans l’année 1657 Rakoczy déclara la guerre aux Polonais, mais il a été vaincu et obligé à abdiquer du trône ; ensuite, essayant la seconde fois de devenir roi il provoque l’incursion des Turques et des Tatares dans le pays, contre lui et à l’aide de Acatiu Barcsai. Ceux- ci détruirent (1658) le pays, ils endommagèrent la cité d’Alba Iulia et à la fois la résidence métropolitaine14.
A la place de Rakoczy on a choisi Acatiu Barcsai, l’ancien Ban de Lugoj et de Caransebes, qui au 9 janvier 1659 a renforcé le diplôme de nomination de Sava Brancovici, promulguée au 28 décembre 1656 par Gheorghe Rakoczy II, annexant au territoire soumis à sa juridiction le département de Fagaras Ecclesias Valachales in Destrictu etiam Fogarasiensi exispentes Episcopatui et iurisdictionis ipsius annectimus. 15. Mais Rakoczy envoya des messagers à Porte essayant de les convaincre avec des cadeaux, avec la seule condition de le laisser prince de la Transylvanie. Les Turques ont entré de nouveau en Transylvanie et ont pillé le pays. Rakoczy moura en 1660, Barcsai fut tué en 1661 par Ioan Kemeny et Ali le Pacha, envoyé par le sultan en Transylvanie pour chasser l’armée de Rakoczy du pays, proclama le 14 septembre 1661 Mihai Apaffi comme empereur du pays16.
Pendant ce temps, le métropolite Sava essayait apaiser ses croyants avec ses paroles et aussi avec ses faits ; il a pris partie à la Diète présidée par le prince Barcsai au début de l’année 1659 à Bistrita17, et par ses efforts infatigables il acquièrt du prince le diplôme du 15 mars 1659 par laquelle les curés roumains étaient exempts de toutes les taxes pour les boefs et les produits.
Le contenu du diplôme disait:
« Nous Acatiu Barcsai et c. l., on annonce à tous qui doivent être annoncés, jugeant par le statut de notre institution, à voir la situation des curés roumains de notre pays de Transylvanie et de quelques parties soumises de l’Hongrie, avons constaté que, par toutes leurs responsabilités, ils peuvent à peine satisfaire leur vocation justement parce que depuis les premiers temps des princes de ce pays de Transylvanie, qui ont été nos prédécesseurs, avec le payement des taxes et des impôts et de ce genre de choses avec lesquelles les dirigeants, nommés spécialement pour cela (sans doute sans la volonté des princes), cherchant seulement leur intérêt, aveuglement exploitent, ce qui est contraire à la loi divine et aussi à la vocation ecclésiastique. Pou cela nous, de par notre pitié innée et depuis toujours, ayant aussi en considération la prière de très honnête Sava Brancovici, à l’évêque de toutes les églises roumaines de notre pays et des archiprêtres, nous avons humblement considéré les exempter et les délivrer de tout impôt et taxe, c’est-à-dire de18la taxe du blé, du seigle, de l’orge, de l’avoine, du millet, des lentilles, du pois-gris, de l’haricot, du chanvre, du lin, et des ruches, qu’on avait l’habitude de payer à notre fisc, de même qu’on les bénit et on les délivrent par cette carte. Pour cela tous ceux qui doivent ou devraient entendre, qui lisent ou entendent tout cela, on vous ordonne à tout prix, de même qu’à tous ceux qui vont vous suivre, n’osez pas troubler, endommager, ou fâcher les archiprêtres et les curés roumains de notre pays de Transylvanie et des parties jointes de la Hongrie, ou leurs suivants avec le payement des taxes, des nones, des quintes, des quartes, en dépit de ce privilège. Ne faites pas autrement, et lisant ceci, ne changez pas d’attitude. Ecrit dans notre cité de Bistrita, le 15 mars de l’année 1659 »19.
Par un autre diplôme de 20 mars 1659, Acatiu Barcsai accorda aussi aux curés roumains du département de Fagaras l’exemption de toute taxe, à l’exception des honoraires des Seigneurs de terre20.
Lorsque Michel Apaffi, le plus grand ennemi de la religion des roumains se fit prince, le métropolite Sava essaya l’apprivoiser, obtenant de lui le diplôme de confirmation de 23 avril 1662, mais avec la réduction territoriale de la juridiction.
Dans l’année 1663, le métropolite a obtenu du prince la confirmation du décret de 15 mars 1659 de Acatiu Barcsai pour l’exemption du clergé de taxes.
Dans l’année 1668 le métropolite Sava accompagné par son frère George, avec la permission du prince Apaffi, fit un voyage en Russie à Moscou afin de collecter des fonds pour la reconstruction de la métropolie du Belgrade, qui avait été brûlée deux fois par les Turcs et les Tatares. A Moscou les deux frères ont été très bien accueillis par le Tsar Alexie Mihailovici.
Après le retour de Russie a suivi une période difficile pour le métropolite Sava. Dans son absence le curé de la cour Mihai Tofeus, qui était venu de l’Académie de Wittenberg, a réussi à influencer le prince Apaffi, obtenant de lui le diplôme de 20 février 1669, en consolidant ainsi le diplôme de 1643 et implicitement les conditions imposées au métropolite Simion Stefan. Mais le métropolite réclama au prince, en défendant avec ténacité l’indépendance de son église.
Par le diplôme de 20 décembre 1673, Sava Brancovici a réussi à obtenir du prince Apaffi l’exemption de taxes « concernant la situation exploitée des curés roumains » .
Le prince Apaffi publia le diplôme de 14 juin 1674 par lequel il soumet le métropolite Sava sous les ordres du super intendant Tiszabecsi Gaspar.
Mais en dépit de tout cela il a tenu en 1675 deux grands synodes à Belgrade, établissant des règles disciplinaires au bénéfice des prêtres, indépendants aux décrets d’Apaffi de 1669 et 1674.
Par le diplôme de 30 décembre 1675, le métropolite Sava assura l’indépendance de l’Eglise21roumaine, le plus grand succès du métropolite22.Il réussit ensuite à obtenir de nouveaux droits stipulés par le diplôme de 12 août 1676. Un autre succès du métropolite Sava le constitue un nouveau diplôme émis par le prince Apaffi au 20 octobre 1679, par lequel le prince confirme de nouveau les privilèges de l’Eglise Orthodoxe, étant approuvés dans la Diète de Sighisoara de 16 janvier 1680.
Le métropolite Sava Brancovici poursuivait un grand et saint idéal, l’unité et l’indépendance de l’Eglise roumaine. comme uniques moyens pour la conservation de l’unité nationale du peuple roumain.
Enfin, mais non pas en dernier lieu on remarque le fait que le premier qui ait mis la question du métropolite Sava Brancovici fut un sage uni, Augustin Treboniu Laurian, qui écrivait en 1850 même: Sava le II eme fut l’un des métropolites plus rares et qui mérite être mentionné parmi les saints23.
Rezumat
Păstorind într-o perioadă delicată din istoria poporului român, Sava Brancovici ca mitropolit al Transilvaniei a reușit prin eminentele sale calități să se impună.
Meritele sale sunt legate de menținerea independenței Bisericii române, neacceptarea celor 15 puncte din diploma lui Rakoczy I, scutirea clerului român de taxe etc.