Préliminaires: la cathéchèse entre ignorance et prosélytisme
Dans un travail de séminaire présenté dans le cadre des cours de doctorat en théologie - réalisé d'ailleurs d'après toutes les normes scientifiques - à côté du traditionnel éloge pour ce qu'avait représenté une fois la cathéchèse dans la vie de l'Église, on justifiait sa nécessité surtout aujourd'hui comme une sorte de muraille de Chine de la vraie - croyance contre les attaques prosélytes. Il n'y a rien de mal, mais c'est le sens positif - instructif - éducatif - de la cathéchèse qui est primordial, et non pas celui défensif.
Il n'est pas nécessaire qu'ils s'en aillent - d'autre part, qu'ils frappent à des portes étrangères - donnez-leur vous mêmes à manger ! (Matthieu 14, 16) - aux foules affamées de la parole de Dieu - sonne l'impératif absolu de la cathéchèse chrétienne adressée aux Apôtres et, y compris, à leurs descendants, aux officiants de l'Église. Il faut remarquer la subtilité de l'offre: Il disait - d'ailleurs - cela seulement pour voir ce qu'ils répondaient, car Il savait (très bien) déjà ce qu'Il allait faire, un détail à longue portée, qui visait non seulement la réplique de la première tentation: „L'homme ne vivra pas de pain seulement" . . . (Matthieu 4, 4), mais aussi avec celles présentes.
Actuellement - il faut le reconnaître - la cathéchèse est presque inexistante dans l'Église. Mais la religion dans l'école ?, vont se précipiter vers nous les apologistes de l'autosuffisance. Mais c'est une tout autre chose, qui ne fait pas l'objet de ces discussions. Sans avoir l'intention de polémiser, à la base des donnés concrètes, il faut reconnaître comme Cațavencu le disait autrefois, la cathéchèse dans l'Église est admirable, elle est sublime mais elle manque entièrement. C'est justement ici notre drame réel, et non pas les attaques prosélytistes de toutes sortes.
Les chiens aboient, la caravane passe, dit un dicton connu, valable dans ce cas. Les missionnaires d'écusson viennent deux par deux, disent leur poésie et, si la figure ne va pas, ils partent. Malheuresement, la figure tient, justement ayant comme base l'ignorance religieuse généralisée et une attitude de passivité, d'indolence, de commodité et d'absence totale d'engagement missionnaire - cathéchistique de la part de beaucoup d'officiants de l'Église.
L'excuse beaucoup annoncée à son de trompe: nous n'avons pas d'argent . . . !, dans le contexte du désastre économique actuel sic ! nous y reconnaissons facilement le petit papillon dont les larmes se nourrissent des rayons de miel: la crise économique mondiale de ceux d'un triste souvenir !? - qui n'est, en réalité, qu'un prétexte de nos propres commodité et médiocrité. En fait, il nous manque autre chose, la conscience de la triple responsabilité sacerdotale - de laquelle fait partie même la dimension didactique du service divin - , nous n'avons ni de savoir-faire - mais nous ne faisons aucun effort pour évoluer dans ce sens - et, infiniment plus grave, nous n'avons ni la piété de reconnaître, au moins, que "nous sommes au bout du rouleau, dans la plus grave crise - et sans exagération - d'identité et de vocation de lhistoire de l'Église, de la connaissance vive de Dieu par notre expérience concrète spirituelle, non seulement au niveau d'une théologie stérile, didactique.
Il y a tant de belles choses, intéressantes, vitales à dire et à apprendre dans l'Église. Le monde sent le besoin d'un dialogue réel et sincère, le besoin d'une relation directe et humaine avec le prêtre, non pas réduite à un contact expéditif mercantil ou à un simple rapport magique.
Très souvent, dans nos prières il y a des syntagmes comme les péchés commis par l'ignorance du peuple (ex. dans la prière de la présentation des dons dans la Liturgie de St. Jean Chrisostome). Qui est-ce-qui nous empêche aujourd'hui d'éclaircir et d'enseigner le peuple ? Pourquoi les gens sont aussi ignorants dans le domaine religieux - en dépit des superbes traductions de l'extérieur et des publications, d'un vrais bombardement informationnel - après environ 10 ans de la fin de “l'époque – lumière” ? Malheuresement, la lamentation du Sauveur: Son coeur fut rempli de pitié pour les foules qu'Il voyait car ces gens étaient fatigués et découragés comme un troupeau qui n'a pas de berger (Mathieu 9, 36) demeure aussi actuelle même de nos jours.
Jamais - au moins dans la dernière moitié de siècle - nous n'avons eu une conjoncture plus favorable à un missionnarisme authentique, au niveau socioculturel, comme aujourd'hui: le monopole des publications de spécialité, la religion à l'école (y compris au lycée, sans tenir compte des difficultés statutaires) des églises archipleines, un horizon d'attente et d'ouverture inattendu, un vote de confiance accordé à l'Église de 80 % etc.
À juste titre, Sartre le disait, nous sommes condamnés à la liberté, mais nous ne savons pas quoi en faire. Avec chaque jour perdu dans notre agonie prolongée, nous ne faisons autre chose qu'augmenter l'abîme qui nous sépare du monde.
Notre article ne se veut une critique à l'adresse de personne et, d'autant moins, un réquisitoire de l'attitude et du comportement de l'Église en général, mais, plutôt un appel désespéré au réveil de la léthargie dans laquelle nous nous complaisons, autrement nous risquons de détruire à nos mains le peu de crédibilité et d'espoir qui restent dans une perspective luminieuse et vigoureuse de l'Église.
Ce fait n'est possible sans nous assumer d'une manière responsable les difficultés du changement - autrement nous risquons une autre situation connue de Caragiale: qu'on révise mais qu'on n'en change rien - , qui impose beaucoup de lucidité et de modestie. Pour mettre en branle le lourd terrain pierreux de la cathéchèse, dans un cadre officiel, organisé, avec de sérieux projets, bien raisonnés et de longue durée, il faut être dans une certaine mesure “les fous de Dieu” mais on a besoin aussi du réalisme et de la responsabilité sotériologique - dans un océan d'indifférence et de passivité. Hereusement, avec de tels fous le Souveur Jésus-Christ a fait durer l'Église, qu'aucune des personnes embauchées temporairement ou des prudents et d'honnêtes hommes n'ont réussi la détruire, depuis toujours.
Notions cathéchistiques élémentaires
Comme nous venons de le souligner, un problème majeur de nos jours le constitue l'ignorance religieuse, expliquable après une moitié de siècle d'obscurantisme athée des „années-lumière". Si on explique à présent - par la nouvelle vague informationnelle: bibliographie, mass-medias, internet, télévision - on ne justifie plus. C'est pourquoi nous allons essayer un petit périple cathéchistique diacronique, une sorte d'initiation dans la croyance et la culture religieuse.
Nous commencons par expliquer quelques termes usuels à l'époque primaire du christianisme :
A) Le kérygme apostolique
Au point de vue étymologique, κήρυγμα = proclamation à haute voix; une annonce faite par un hérout (messager, annonciateur); le verbe grec κηρύσσω = faire une proclamation en qualité de héraut; invoquer, prêcher (ex. Marc 6, 12: Ils partirent - les douze Apôtres - et prêchèrent (έκήρυξαν) la pénitence)1. Par kérygme nous comprenons la première annonce du message chrétien, de la proclamation de l'événement de la rédemption sur le fondement des témoignages directs et de l'habilitation du Saint-Esprit2. Elle peut être considérée la première source de la croyance, la première annonce de la Bonne Nouvelle de la Résurrection.
Il faut faire la distinction entre ces trois formes initiales de l'office de la parole: a) l'évangélisation (=kérygmae ou le prêche missionnaire) - la simple annonce du mystère chrétien, sans le développer ou le détailler3; en bref, un appel à la conversion; b) cathéchèse - l'explicitation et l'approfondement de la croyance pour ceux déjà convertis4, qui se préparaient pour reçevoir le baptême; c) l'homélie liturgique - ou le prêche dans le cadre de la communauté chrétienne (à la Messe).
Nous énumérons quelques uns des plus connus discours de ce genre (kérymatique) demeurant des Saints Apôtres:
- Pierre: Actes 2, 14-39 (à la Descente du Saint-Esprit); 3, 12-26 (après la guérison de l'infirme de la Belle Porte); 10, 34-43 (dans la maisons de Corneille le centurion, à Césarée, lorsque Pierre fut appellé par Jopp, de la maison de Simon le corroyeur);
- L'archidiacre Étienne (le protomartyr du christianisme): Actes 7, 2-53;
- Paul: Actes 13, 16-41 (dans la synagogue d'Antioche de Pisidie); 17, 22-30 (dans l'Aréopage athénien).
Kérygme est synonyme avec les expressions mission et évangélisation, en désignant, comme nous l'avons montré, la première annonce chrétienne5 et s'adressait non pas à ceux baptisés, mais à ceux invités à la croyance. L'objet principal du prêche apostolique était la Résurrection du Seigneur6, qui avait comme fondement trois preuves: a) le propre témoignage des Apôtres, témoins des théophanies postpascales; b) les miracles faits par les Apôtres au nom de Jésus le Ressuscité; c) l'accomplissement des prophéties de l'Ancien Testament dans la personne de Jésus-Christ.
Même de nos jours, on impose un vrai mouvement kérygmatique mondial, une reévangélisation du monde, lorsque l'homme a oublié complètement le Supplice de la Croix, la Réalité de la Résurrection, l'idée de siéger à la droite du Père et l'opération du Saint-Esprit, se laisse abandonné totalement aux préoccupations séculières du quotidien et à la “volupté” de la matière. Le message-kérygme actuel pourrait être le suivant: Que nous nous retournions à la croyance pour re-trouver le Sens de la Vie !
B) La cathéchèse
Si par kérygme apostolique on comprend une forme embryonnaire du prêche chrétien, un appel / une invitation à la croyance, sans entrer dans les détails doctrinaires ou, d'autant moins, sans être un enseignement religieux systématique, didactique, ce trait devient, spécifique pour la cathéchèse chrétienne à l'époque de l'Église primitive. Plus exactement, le processus du cathéchisme, devient un enseignement élémentaire7, systématique, en fait, un vrai itinéraire cathéchistique, en tant qu' „expression concrète et cohérente de l'activité missionnaire de l'Église".8 La cathéchèse se situe entre deux moments fondamentaux de la propagation de la parole de Dieu, entre kérygme (qui invite à la croyance) et homélie (qui approfondie plus tard, dans le cadre de la Sainte Liturgie, le message spirituel).9
Au point de vue étymologique, le terme cathéchèse provient du grec κατηχέίν (κατ-ηχέίω) = se faire entendre (de haut en bas); κατά - préposition qui indique la direction de haut en bas; ἠχέω = produire une résonnance (ἠχή, ῆς = bruit; son de trompette)10, littéralement: „dire quelque chose de l'hauteur".11 Sa signification „technique" garde le sens de conseiller, induire, instruire, enseigner.12
Dans le Nouveau Testament, la notion de cathéchèse est encore indéfinie, à côté d'autres expressions qui indiquent plusieurs manifestations du service de la parole: l'évangélisation, l'instruction, la prophétie, le témoignage, le conseil etc.13 En voici quelques attestations bibliques dans ce sens:
- L'évangéliste Luc (1, 4) fait référence à la solidité des enseignements (κατηχήθηςλόγων) reçus par le patricien roman Théophil;
- Le même auteur affirmait d'un Juif alexandrin, Apollos, „un homme qui parlait avec éloquence" et „qui connaissait très bien les Écritures", qu'«il avait été instruit dans le chemin du Seigneur» (Actes 18, 25);
- Toujours Luc évoque la rencontre du Saint Apôtre Paul avec les Prêtres de Jérusalem, qui l'avertissent de l'indignation de certains nouveaux convertis parmis les Juifs: „ils ont entendu dire que tu enseignes (κατήχηθησαν - conseil) à tous les Juifs qui vivent parmi les païens la rupture d'avec Moïse, en les dissuadant de circoncire leurs enfants et de suivre les coutumes mosaïques" (Actes 21, 22);
- À Romains 2, 18, le Saint Apôtre Paul fait référence au Juif, en tant que „connaisseur (κατηχούμενος - initié, connaisseur) de la loi";
- L'Apôtre des nations dit que, dans l'Église, il vaut mieux de prononcer, cinq mots intelligents, pour instruire (κατηχήσω - enseigner) les autres, que 10.000 paroles en langues" (I Corinthiens 14, 19);
- À Galates 6, 6 nous trouvons le conseil: „Que celui qui instruit (κατηχούμενος), de la parole donne de tous ses biens à qui l'en instruit" (κατηχοῦντι).
Tous ces textes font preuve de la variété des modalités de comprendre le mot cathéchèse à l'époque néo-testementaire, jusqu'à sa détermination „technique", dans le sens de processus d'initiation systématique à la confession de foi, envisageant, particulièrement, les premiers trois Sacrements: le Baptême, l'Onction, l'Eucharistie.
À l'époque postapostolique et patristique, la notion de cathéchèse recevra une signification plus précise, d'enseignement fondamental de la croyance chrétienne, en vue de reçevoir le baptême.14 De cette manière apparurent les cathéchèses baptismales (préparation pour le baptême) et celles mystagogiques (pour les trois premiers Sacrements de l'initiations, adressés aux néophytes - récemment baptisés) dont, quelques unes sont gardées de St. Cyrille de Jérusalem, Théodor de Mopsuestie, St. Jean Chrysostome et constituent un patrimoine important pour la reconstitution de l'histoire de l'Église primitive.
Si la littérature cathéchistique de l'époque premaire demeure un témoignage de l'enthousiasme initial et du sérieux par lequel on assumait, autrefois, les demandes de la Bonne Nouvelle, à présent, dans un climat d'ignorance religieuse quasi - universelle et même de néopaïenisme, la nécessité de la cathéchèse devient un impératif absolu de notre réchristianisation. Un auteur important de l'Église primitive, vers l'an 200, à l'époque des persécutions, lorsque les prisons de Cartage étaient bondés de la foule de chrétiens, écrivait: „Les chrétiens ne sont pas nés, ils se font !"15 Une cathéchèse féconde, responsable et actuelle aurait des chances, sinon de nous transformer spirituellement, au moins de ne nous fair sortir des ténèbres de l'ignorance et des “sables mouvants” de la confusion religieuse.
C) L'homélie
À côté des autres deux modalités de propagation de la parole divine, présentées plus haut: le kérygme apostolique et la cathéchèse, l'homélie représente l'enseignement commun16 et une modalité d'approfondir le message chrétien17 dans le cadre de la Sainte Liturgie. À l'époque, elle était beaucoup plus développée que le kérygme, sans avoir cependant un caractère si systématique que la cathéchèse. Elle serait équivalente au prêche d'aujourd'hui, en gardant un rapport étroit avec la Liturgie, y compris les lectures bibliques qu'elle explique et approfondie.
Le terme homélie provient du grec ὁμιλία, ας = “réunion, essemblée, société; relations familiaires, échange commerciale intime18; amitié, liaison”. Il est composé de l'adverbe ὁμοῦ = “dans le même endroit, ensemble” et le nom ἴλη, ης = “foule19, troupeau (d'animaux), groupe de gens, ayant le nom de conversation, discussion en groupe”. Le même sens – “conversation, dialogue, discussion” - est gardé par le verbe ὁμιλέίν (ὁμιλέω = “être en relation, avoir du commerce avec, se masser, parler à, fréquenter)”, rencontré dans le Nouveau Testament:
- l'Évangile selon Luc 24, 14 évoque les deux disciples (selon Luc et Cléophas), en route vers Emmaiis: „Pendant qu'ils causaient (ὡμίλουν = connversaient) et discutaient ensemble (ὁμιλέίν). Jésus en personne s'approcha et fit route avec eux";
- Lorsqu'il se trouvait à Troas (le soir quand il avait ressuscité le jeune Eutyque, tombé de la fenêtre), Saint Apôtre Paul, „remonta, rompit le pain et mangea. Il parla (ὁμιλήσας) longtemps encore jusqu'à l'aube, puis il partit" (Actes 20, 11);
- Le gouverneur Félix de Césarée „espérait aussi que Paul lui donnerait de l'argent; c'est pourquoi il le faisait souvent venir pour causer (ὡμίλει = conversait) avec lui " (Actes 24, 26);
- Un sens plus particulier - qui, fait la liaison d'une simple conversation avec l'autre sens d'enseignement, conseil, prière - nous le trouvons dans un aphorisme paulin: „De mauvais compagnons ruinent une bonne conduite (ὁμιλίαι = moeurs, coutumes, enseignements)" (I Corinthiens 15, 33).
Avec le temps, la notion d'homélie acquiert une signification et une déstination précises, comme élément intégral et indispensable de la Liturgie20, droit „locus" de communication21 dans l'église, de transmission, interprétation et approfondement de la parole révélée. À l'époque primaire, l'homélie (d'habitude, le prêche interprétait les textes lues verset par verset, parfois mot à mot) se disait immédiatement après les lectures bibliques (après l'Évangile) de la première partie de la Liturgie, nommé La Liturgie des Cathéchumènes (= ceux qui se préparaient pour reçevoir le Baptême).22
Il semble que cette partie - même de la Liturgie ait eu une existence autonome par rapport à la Liturgie eucharistique. Sur le fondement des témoignages de la pélerinne Aethérie à Jérusalem (au IV - ème siècle), on sait que La Liturgie des Cathécumènes était officiée dans l'église Golgotha, bâtie au même endroit où Jésus avait été crucifié, tandis que La Liturgie eucharistique était officiée dans l'église de la Résurrection, élevée à l'endroit du Saint Sépulcre.23 À présent, le prêche perd de son caractère exégétique (interprétatif, explicatif), et enrichie son caractère synthétique, thématique.24 Même le temps de l'exposition se trouve entre la fin de la Liturgie eucharistique par considérations pratiques (techniques), sur lesquelles nous n'allons plus insister.
La plus vieille allocution chrétienne (homélie) qui s'est frayée un chemin jusqu'à présent est attribuée à Saint Clement le Roman a comme titre: La deuxième Lettre aux Corinthiens25, écrite dans la première moitié du II-ème siècle. Dès nos jours on a écrit des tomes entiers, des allocutions, des méthodologies homélitiques, des traités réthoriques et d'éloquence chrétienne (Artes Praedicondi), mais la Parole divine n'est pas encore épuisée.
Malgré les moyens de communication et d'information: la radio, la télé, l'internet etc., chaque jour notre pouvoir de percéption devient plus faible parce que nous nous éloignons profondément de l'Esprit de la Vérité. Dans un monde desacralisé et préoccupé obssesivement, de lui-même, nous vivons le drame d'une ab-surdité et oppacité spirituelle incroyables. La parole de Dieu le Vif (dans Lequel se trouve la Vie et Qui nous dévoile le Sens de la Vie) redevient aujourd'hui la Voix - de Celui - qui - crie - dans - le - désert de l'indolence et de notre cerbicie.
LE PREMIER CATHÉCHISME CHRÉTIEN
26Pour dépasser le niveau théorique, il nous semble opportun de présenter un document de l'époque primaire, pour avoir une image authentique sur le dévéloppement de la vie religieuse des premiers chrétiens comparativement à celle de l'Église actuelle.
Tout d'abord, nous allons faire des références à la plus vieille écriture des Parents Apostoliques27 ou la plus vieille pièce littéraire chrétienne post-biblique.28 La Didaché (Enseignement des Douze Apôtres) est considerée, le document le plus important de l'époque post-apostolique et une source de la législation ecclésiastique.29
Écrite environ l'an 100, elle provient d'un milieu judéo-chrétien30, problablement de Syrie, Palestine ou Egypte.
Découverte en 1873, dans un manuscrit parchemin de la Bibliothèque de Saint Sépulcre de Constantinople, par le métropolite Philothé Vrienïu, elle été publiée en 1883, toujours dans l'ex-capitale de l'Empire de l'Est.
En ce qui concerne le contenu, La Didaché peut être considérée un vrai vade mecum du fidèle„ (J. Tixeront), le premier "manuel de discipline" chrétienne (J. P. Audet) et le premier cathéchisme moral de la littérature patristique.31 Au point de vue didactique, l'écriture peut être divisée en trois parties, dont nous allons sélectionner quelques textes fundamentaux, d'intérêt moral - cathéchistique:
PREMIÈRE PARTIE. CATHÉCHÈSE MORALE Chap. 1 - 6
A. La voie de la vie
Premièrement, tu aimeras Dieu, ton Créateur; deuxièment, tu aimeras ton prochain comme toi - même et tout ce que tu ne désires pas qu'on te fasse, ne fait pas à autrui 1, 2).32
Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous maudisent; priez pour ceux qui vous maltraitent; ajeunez pour ceux qui vous persécutent . . . aimez ceux qui vous haïssent et vous n'aurez pas d'ennemis (1, 3).33
Malheur au voleur ! Celui qui n'aura volé que pour se vêtir et ne pas mourir de faim, obtiendra son pardon; mais celui qui volera sans avoir besoin sera jugé pour ses actes (1, 5).34
Que la miséricorde couvre tes mains jusqu'à ce que tu connaisses à qui tu donnes (1, 5).35
Tu ne commetras pas de meurtre, pas d'adultère, tu ne corrompas pas les garçons36, tu ne seras pas débauché, tu ne voleras pas, tu n'ensorceleras pas37, tu ne ferras pas de poisons, tu ne tueras ni l'enfant dans les entrailles, ni l'enfant né (2, 1).38
Tu ne prononceras pas de faux témoignage (tu ne mentiras pas)39, tu ne parleras pas mal40 de quelqu'un, tu rendras le bien pour le mal41 (2, 2).
Tu ne seras pas un homme à deux visages, parce que deux manières de parler c'est le piège de la mort (2, 3).42
Tu ne te mettras pas en colère parce que la colère conduit au meurtre; tu ne sera ni jaloux de ton prochain, ni querelleur . . . car toutes celles - ci naissent des meurtres; mon fils, tu ne sera pas envieux, car l'envie pousse au débauche; tu ne prononceras pas de mots de honte et tu ne regarderas pas d'un oeuil envieux (3, 2 - 3).43
Tu chercheras chaque jour les visages des saints, pour trouver la consolation dans leurs paroles (4, 2).44
Tu ne perdras pas le contrôle de ton fils ou de ta fille, tu les enseigneras dès l'enfance la peur de Dieu (4, 9).45
Tu avoueras tes péchés dans l'Église et tu n'iras pas à la prière en état de mauvaise conscience (4, 14).46
B) La voie de la mort
Elle est mauvaise et pleine de malédiction: meurtres, adultères, envies, débauches, vols, idolâtries, sorcelleries, sortilèges, rapts, faux témoignages, duplicité, coeur perfide, fourberie, arrogance, malice, impertinence, avidité, mots honteux, jalousie, impudeur, vanité, orgueil, audace . . . , „corruptibles" (5, 1 - 2).47
DEUXIÈME PARTIE. LE RITUEL DES SACREMENTS: LE BAPTÊME, L'EUCHARISTIE Chap. 7 - 10
En ce qui concerne le baptême, vous baptiserez de la sorte: Après avoir dit tout d'abord tout cela <baptisez au nom du Père et du Fils et du Saint - Esprit> en eau vierge. Et si tu n'as pas d'eau vierge baptise en autre eau; et si tu ne peux pas en eau froide, (alors) en eau tiède. Si tu n'as sufisamment ni l'une ni l'autre, fait verser trois fois de l'eau <au nom du Père et du Fils et Saint - Esprit>. Avant le baptême doivent jeûner celui qui baptisera, celui baptisé et d'autres encore, s'ils en sont capables . . . un ou deux jours avant (7, 1 - 4).48
Vos jeûnes ne seront pas comme les jeûnes des hypocrites qui jeûnent le lundi et le jeudi; Quant à vous, jeûnerez le mercredi et le vendredi.49 Que vous prierez comme ça: Notre Père . . . Trois fois par jour vous prierez ainsi (8, 1 - 3).
Quant à l'Eucharistie, vous la ferrez de la sorte: premièrement . . . au calice: <Vive le Seigneur ! Merci à Toi, notre Père, pour la sainte vigne de David, Ton serviteur, que Tu nous as fait connaître par Jésus, Ton Fils. À Toi la gloire, Amen>. Quant à la fraction du pain: <. . . Comme ce pain fractionné était parsemé dans les montagnes, étant ramassé il est devenu un tout, toujours ainsi Ton Église sera réunie des confins de la terre dans Ton Royaume . . . > Personne ne mangera, ni boira de votre Eucharistie, excepté ceux qui ont été baptisés au nom de Dieu (9, 1 - 5).50
TROISIÈME PARTIE. L'ATTITUDE DU CHRÉTIEN VIS-À-VIS LES PROPHÈTES ET UNE PERSPECTIVE ESCHATOLOGIQUE Chap. 11 - 16
Lorsque vous vous rassemblez le dimanche du Seigneur51, rompez le pain52 et en remerciez53, après avoir confessé54 vos péchés, pour que votre offrande soit pure (14, 1).
Étant ordonnés des évêques et des diacres,55 dignes du Seigneur, des hommes tendres, n'aimant pas l'argent, vrais et expérimentés ... , ne les méprisez pas, car ils sont d'honnétes hommes entre vous avec les prophètes et les maîtres (15, 1 - 2).
Toutes les donnés présentées cherchent, d'une part, à refaire la liaison avec la vieille tradition cathéchistique de l'Église, d'autre part à representer un stimulent pour une meilleure connaissance de la confession de foi et à soulever l'intérêt pour une cathéchèse dynamique, compétente, spirituelle, dont le message s'adresse avec force et conviction à l'homme de nos jours.