Il faut préciser dès le début que le texte ci-présent est un résumé de l'exposé préparé en vue du XX-ème Congrès de la Byzantologie qui a eu lieu à Paris (août 2001). Dans ce résumé, nous allons sélectionner les donneés les plus significatives en ce qui concerne l'ensemble des thèmes ennoncés, en soulignant aussi des événements de la période protoromaine.
Sans doute, le titre qui s'impose „Dacicus maximus" de l'année 337 et qui appartenait à Constantin le Grand, évoque la victoire de celui-ci contre les daco-romans; d'ailleurs, les carpodakes sont mentionnés aussi en 381, pendant le règne de Thédosse le Premier, l'empereur de Constantinople. Dans ce contexte, il est important de montrer qu'en 448, un des messagers de Constantinople qui sont passés par la région du Banat dans leur voyage vers la cour d'Attila de Pannonie, mentionnait dans ses notes de voyage „l'ansonica" ou bien la „Romana rustica", langue parlée par les autochtones de Banat, et en plus, il retenait le terme mied (mot dacique) qui représentait une boisson spécifique. Le même mot mied est enregistré par un voyageur turc en 1660, justement à Timișoara, comme preuve incontestable de la persistance des autochtones sur ces territoires. En ce qui concerne les deux maîtres Boilà et Butavul, eux aussi du Banat, on considère qu'ils etaient d'origine avare et qu'ils ont eu des liaisons avec l'Empire Byzantin, mais c'est une supposition qui a besoin de preuves. Par contre, on a omis que les deux noms se retrouvent encore dans l'onomastique de la région de Sânnicolau-Mare, où l'on considère qu'ils avaient vécu à certain moment.
En ce qui concerne les „Vlahi", plus précisement les Roumains de Kekaumenos (XI-ème siècle), la tradition nous dit qu'ils proviennent toujours des terres situées au nord du Danube. Dans la même situation se trouvent les Dakes (=Roumains), mentionnées par Michael Anchialos au XII-ème siècle (et non pas Serbes), comme nous venons de dire. Et maintenant, voyons la situation de l'extrémité est de la Roumanie: il ne faut pas éluder le fait qu'après une domination romano-byzantine en Dobroudja entre le IV-ème et le VII-ème siècle, ce territoire entrera sous l'autorité de l'empire - partiellement vers la moitié du X-ème siècle - intégralement à partir de l'année 971 jusqu'en 1186. Quelques points d'appui ont été récupérés par les Byzantins sous le règne de Michaïl VIII (1259 - 1282) et problablement maintenus pendant la première partie du XIV-ème siècle aussi. Les recherches les plus récentes attestent l'influence byzantine au IX-ème et au X-ème siècle même en Transylvanie. On connaît par exemple les relations du voïvode Gelu „dux Blacorum" avec le Bizance, mais il est moins connu qu'en 1176, le voïvode-même de l'Ardeal luttera à la tête de son armée à côté des armées de l'Empire en Asie Mineure. Pour revenir à la situation de la zone située entre le Danube et la Mer, en 1348 le Byzance va offrir une pronoia (un fief) au despote de Dobroudja, Dobrotiță, offre comparable aux donnations faite dans les Principautés par les princes pour des services militaires.
En ce qui suit, nous allons présenter quelques exemples de transfert terminologique, mais aussi de diminution de l'impact byzantin sur la rive gauche du Danube, à l'exception des plus importantes institutions ecclésiastiques et monastiques, transplantées en grande majorité dans les Pays Roumains pendant le Moyen-Âge et dont on parlera plus tard d'une manière sélective.
Dans un document slavon de l'année 1392 écrit par le Grec Philos, à ce moment-là chancelier de Mircea le Vieux, nous rencontrons le mot picernic qui provient du mot byzantin pinkernis qui vient à son tour du mot latin pincerna (=échauson). Dans un autre document de Valachie, nous rencontrons le concepte de komat qui dérive de komatin. Orizmo qui date de 1406 n'est pas autre chose que le mot grec orismos. Nous pensons que le roumain mertic a comme corespondent le mot byzantin mertikon, etc. Ensuite, voyons le problème de l'immunité roumaine sous son triple aspect - fiscal, administratif et judiciaire. En encadrant ce problème dans celui de type byzantin, nous pensons l'avoir résolu d'une manière satisfaisante, vu que certains spécialistes roumains ont eu une attitude sceptique à l'égard de la „terminologie cvasi-juridique" des documents slavo-roumains. Il est important à retenir que des actes en slavon de valachie datant de l'année 1530 environ comprennent l'expression acusat (< iscusat), cette déformation ayant l'origine dans le mot grec eskusatos, c'est à dire „exonéré". À l'intérieur de l'ainsi-dit „Jus Valachicum", il y avait des jurés, d'habitude 12, comme dans l'Empire Byzantin. De plus, aujourd'hui, on affirme que le mot byzantin parec se situe sur le même plan que le mot roumain vecin (lat. vicinus). Le terme très rare paroikoi est quand même présent en 1020 dans un document qui date du règne de Basile II le Bulgarocton et qui concerne le camp fortifié êpiscopal Timiș (-oara), et ensuite en 1591 dans un acte émis en grec par Mihai le Brave. Les impôts et les prestation, auxquels les gens dépendants étais soumis se ressemblent en général, certains d’entre eux même du point de vue linguistique et viennent de Byzance, probablement par l'intermediaire des Slaves du sud.
La plus importante influence du Byzance dans l'espace carpatino - danubienne s'est manifesté par l'intermédiaire de l'Église et des moines. Bien sûr, on ne corrobore pas l'idée récente que Jean Cassian aurait été un moine sud-gaulois; de facto, il est né en Dobroudja et il était un des proches de Jean Chrysostome, l'archevêque de Constantinople. Quant à Leontios de Byzance qui a vécu au VI-ème siècle, on ne peut pas l'identifier à Leontios de Jérusalem, car ils ont souvent eu souvent des conceptions dogmatiques tout à fait opposées, mais on pourrait l'identifier à Leonce le Scythe ou de Dobroudja. L'archevêché Justiniana Prima du VI-ème siècle est autocéphale et remplace l'autorité du Pape dans les provinces écclésiastiques qui lui sont soumise, parmi lesquelles celle située sur la rive gauche du Danube (les évêchés Litterata - Palanca Nouă et Recidiva = Vărădia d'aujourd'hui, dans le département de Caraș - Severin). En second lieu, la participation de certains missionnaires roumains au baptême des Moraves au IX-ème siècle, soutenue par le Byzance par l'intermédiaire des célèbres Cyrille et Méthode, est renforcée aussi par le nom „Na valach" (chez les Roumains) de Stare Mesto Veligrad, l'ancienne capitale de la Grande Moravie. Selon les plus récentes investigations, au X-ème et au XI-ème siècle, deux métropolites ont mené leur activité en Dobroudja: Anichit et Vasile, et même dans Le Delta du Danube il y avait un monastère orthodoxe. Ce n'est pas le seul monastère du territoire roumain. Par exemple, dans le sud du Banat, il y avait un monastère qui avait reçu des donnations de la part de l'empereur Manuel le Comnène (XII-ème siècle).
Nicolae Iorga avait raison d'affirmer que par la reconnaissance de l'Institution supérieure de l'Église Orthodoxe de la Valachie (1359) et de celle de la Moldavie (1401) en dépendance canonique de Constantinople, les deux états roumains sont entrés dans la conscience politique du monde. En 1391, les nobles roumains de Maramureș, Baliță et Drag ont été investis d'une mission patriarchale ayant comme thème la hierarchie supérieure de Halice. Toujours au XIV-ème siècle (1377), en Ardeal, même si la région était sous occupation, un archevêque orthodoxe qui s'appelait Ghelaise y menait son activité.
En ce qui concerne la problématique athonite, on a cru que Hariton, le supérieur du monastère de Cutlumuș (futur métropolite de la Hongro-Valachie, 1372 ≈ 1380) avait renoncé à la vie communautaire pour donner satisfaction aux moines roumains venus de Valachie à la Montagne Sainte, ce qui n'est pas vrais. D'une manière assez paradoxale, une vie monacale demi-monastique va se généraliser au nord du fleuve à partir de la fin du XIV-ème siècle, par le célèbre Nicodime, venu, lui aussi, d'Athos (il était mi-Roumain de Macédonie, mi-Serbe). Le Saint Nicodime de Tismana était hésychaste et il faisait partie d'une vraie „Internationale Hésychaste" qui voulait défendre les valeurs de l'orthodoxie devant les courants ethérodoxes. Le “charistichariat” s'est pratiqué chez les Roumains sous le nom de epidosis (l'attribution d'un monastère à un autre monastère) surtout au XV-ème siècle. Les princes régnants de Valachie ont manifesté l'ephorat (ephoreia) surtout dans le cas d'Athos et d'autres „lieux saints", leur geste dépassant la signification religieuse.
Les traces numismatiques et d'autre nature, trouvées sur le territoire de la Roumanie, parlent sui-generis de contacts commerciaux, confessionnaux, culturels et artistiques (mis en évidence par d'autres spécialistes) etc., d'une civilisation peut-être la plus avancée du Moyen-Age (Ch. Diehl). Nous espérons que les études de détail donneront une solution, si possible pour toujours, à la „byzantinische Frage" (Al. Elian) dans la culture roumaine, de même que la somme des emprunts que les slaves du sud ont facilité ou bien ceux reçus directement de l'empire dont la capitale était autrefois située sur le Bosfor. Ce n'est qu'alors qu'on mettra en relief la componente byzantine dans la spiritualité roumaine et son originalité dans le sens de synthèse créatrice.