TheologosAnalele Universității de Vest din Timișoara · Seria Teologie

Numărul 8 / 2002

Le Saint Chrême dans l’Église Orthodoxe


Le Sacrement du Saint Chrême est l'acte visible de la communion avec les dons du Saint - Esprit, par lequel on commence l'évolution spirituelle du chrétien.

1. Le Sacrement du Saint Chrême dans l'Eglise apostolique et post - apostolique

À l’origine le Sacrement du Saint Crême était une pratique judaïque mentionnée dans l'Ancien Testament, par laquelle les dons spirituels étaient transmis à une personne et on confirmait publiquement le fait qu'ils détenaient un rôle important dans la vie du peuple élu. Le rituel résidait dans l'acte de l'onction avec de l'huile sacré de la personne qui devrait être consacrée.

Comme suite à la coutume de l'Ancien Testament et aux recommandations du Sauveur Jésus - Christ, l'oint du Seigneur, les saints Apôtres ont administré le sacrement de l'Onction comme moyen de transmission des dons spirituels dans l'Église, par deux modalités: par l'acte de poser les mains et par l'onction avec de l'huile sacré. Les deux pratiques sont mentionnées dans le Nouveau Testament. Les Apôtres Pierre et Jean évoquent le fait qu'ils ont posé leurs mains sur les croyants de Samaria, bâptisés par le diacre Philipe pour recevoir le Saint - Esprit (Les Actes des Âpotres 8, 14 - 19), et l'onction appliquée aux baptisés, en vue de leur transmettre les dons du Saint - Esprit - l'Apôtre Paul nomme ceux qui ont adhéré à la doctrine évangélique oints (II Corinthiens 1, 21 - 22).

Vu la croissance du nombre des croyants, les Apôtres ont confié l'accomplissement du Sacrement de l'Onction aux dirigeants des Églises locales, c'est à dire aux évêques. Ceux - ci avaient le droit de sanctifier l'huile pour l'onction et d'administrer le Sacrement à ceux qui étaient bâptisés1. Comme suite au grand nombre des communautés chrétiennes, le droit d'administrer le Sacrement de l'Onction a été confié par les évêques aus prêtres. Mais la sanctification de l'huile a demeuré un don réservé aux évêques.

À l'époque du christianisme primaire (les siècles II - IV), le Sacrement de l'Onction a été envisagé comme un rituel sacré, par lequel on transmet le Saint - Esprit, aussi qu'un moyen de communion du chrétien avec le Corps mystérieux du Seigneur. Il était administré par l'invocation d'une formule mistique, assumée des écritures du Saint Apôtre Paul: „Le sceau du don de Saint - Esprit" (I Corinthiens 1, 21 - 22).

La présence du mystère dans la Tradition de l'Église est confirmée par les documents du II - ème Synode Oecuménique, où on mentionne la formule et son importance pour le progrès spirituel du chrétien2. Peu à peu, la fonction sacrée du Saint Chrême a été élargie, par la sanctification du bâtiment ecclésiastique et des objets de culte. À la base de cette attitude se trouvait le fait que le Saint Chrême a été perçu comme une matière portant la sacralité.

Depuis 449, l'année du Synode de Cartagina, on a naturalisé la pratique de la sanctification de l'huile par les évêques des Églises autocéphales ou autonomes, fait reglémenté par le canon 6 du Synode cartagien3. En même temps, on y a discuté le droit des prêtres de sanctifier l'huile. L'évêque Fortunat s'est prononcé contre une telle pratique,, attitude expliquable par le fait que les prêtres detiennent, dans l'Église, par la succession apostolique, une fonction limitée, dépendente de l'autorité de l'évêque4.

Quelques siècles après, le Saint Chrême a été sanctifié par l'évêque de chaque Église locale5, ou il a été transmis d'une Église à l'autre, conformément au canon et à la coutume établis à l'époque du christianisme primaire. Cette pratique était conforme à la doctrine de l'Église, la préparation et la sanctification du Saint Chrême était considérées, dès le début, un don et un témoignage évidents de l'autocéphalie des communautés ecclésiastiques dirigées par un évêque - aspect mentionné dans le canon apostolique 346.

En territoire, la pratique de la sanctification de l'huile a été différente, mais elle a fini par se fixer sous la forme des rituels liturgiques et des prescriptions canoniques qui sont en vigueur même de nos jours. Le cérémonial se passait le Jeudi saint par celui qui détenait le pouvoir sacerdotal dans le plus haut degré dans une Église autonome et autocéphale qui était assisté soit par le synode de tous les évêques de l'Église, soit par un synode restreint des évêques de la même Église7.

Une longue période de temps, le droit de préparer et de sanctifier le Saint Chrême dans le monde orthodoxe a été gardé par le patriarche de Constantinople. Le Patriarcat de Constantinople l’a distribué aux autres Églises Orthodoxes, y compris aux Patriarcats apostoliques d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem. Ce droit consolidait, de cette manière, l'idée de l'unité de l'orthodoxie universelle.

Conformément aux vieilles normes, par les décisions du canon 3 du IIème Synode Oecuménique de 381, le Patriarcat de Constantinople occupait la place d'honneur, et non pas de juridiction, dans le cadre de l'Église Orthodoxe8. En plus, au point de vue historique, la dénomination de patriarche oecuménique a été donnée par l'empereur Justinien le Grand (527 - 565) le mois d'avril 533, à Epiphanie, en tant que premier prélat de l'Eglise impériale9 et au synode local, réuni en 588, par la voix de Jean le Jeûnant (582 - 595), lorsqu’on a précisé le rapport d'oecuménisme entre tous les patriarches de l'Église chrétienne.

2. Le Sacrement du Saint Chrême dans l'Église Orthodoxe après le Schisme

Comme suite au Schisme de 1054, les prérogatives de maître unique de l'Église Catholique, assumées par le patriarche de Rome, a marqué sensiblement les patriarches de Constantinople. Bien qu’un geste réflexe, cette mentalité va influencer les relations entre les Églises de l'Est. En voici quelques situations concrètes.

L'apparition de l'hésychasme a donné naissance à des polémiques très puissantes. L'une d'entre elles a eu comme promoteurs le patriarche de Constantinople, Jean Calecas et Ignatius, le patriarche d'Antioche, le dernier étant imposé au trône episcopal, comme suite à un synode réuni à Constantinople, en 134510. Un autre cas d'inflexibilité est la position du patriarche oecuménique Calist le Ier (1350 - 1353; 1354 - 1364), qui a anathémisé, en 1353 l'Église serbe pour le fait d'avoir refusé les services des évêques grecs des territoires assujetis par le tsar Étienne Dusan. La réconciliation entre les deux Églises Orthodoxes a été réalisée seulement en 1375, pendant le patriarche oecuménique Philoté Kokkinos (1353 - 1354; 1363 - 1376)11. Enfin, un dernier exemple est la situation de Moldavie où, la tentative du patriarche oecuménique Antoine (1389 - 1390; 1391 - 1397) d'imposer des prélats grecs (Théodosse et Jérémie) n'a pas été agréee, c'est pourquoi seulement à la fin de longs pourparlers, le patriarche Matthieu (1397 - 1410) de Constantinople a réussi de comprendre le désir des Moldaves et il a signé le document d'avènement au trône de Joseph Musat (1401 - 1408)12.

Après la chute de Constantinople aux Turcs, le 29 mai 1453, Mohamède le IIème, pour des raisons stratégiques de pacification des peuples balcaniques, a élargi l'autorité des patriarches oecuméniques sur les ethnies chrétiennes péninsulaires, en fondant de cette manière une grande société chrétienne13. Même si dans l'histoire politique de l'Est chrétien n'était connu que l'Empire potentiellement universel, qui exprimait l'unité dans la diversité du peuple de Dieu, notamment le polytheume de ceux bâptisés14, les siècles d'assujètissement ottomane ont reveillé l'intérêt pour l'independence, phénomène qui va beaucoup influencer la vie des chrétiens de ces deux régions géographiques, en augmentant le désir d'autonomie de leurs propres Églises.

En revenant au sujet du Saint Chrême, le privilège du Patriarcat Oecuménique de le sanctifier s'est maintenu jusqu'à la deuxième partie du XVIème siècle, lorsque les premiers prélats des autres Églises apostoliques ont contesté au Patriarcat de Constantinople ce fait, en considérant que la sanctification du Saint Chrême n'était pas un problème dogmatique mais de discipline et de pratique ecclésiastique. Ainsi, les patriarches des Églises apostoliques et les prélats des synodes ont sanctifié eux-même le Saint Chrême. Par exemple, le patriarche d'Alexandrie, Méléthe Pigas (1590 - 1601), dans une lettre adressée au patriarche oecuménique Matthieu le IIème (1595, 1598 - 1602, 1603), lui rappele le Saint Chrême qu'il avait sanctifié à Alexandrie15. De la même manière ont agi les patriarches d'Antioche.

À Jérusalem, le Saint Chrême a été sanctifié en 1670 par l'ex-patriarche Nectarie (1661 - 1669) et il faut aussi rappeler le fait qu'en 1643, le Saint Chrême n'a pas été sanctifié à Jérusalem mais à Iassy par Théophone le IIIème (1608 - 1644)16. Les patriarches de l'Église Otrhodoxe Russe, en suivant l'exemple des patriarches d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem, ont sanctifié eux aussi le Saint Chrême à Moscou et à Kiév, dans la deuxième partie du XVIIème siècle, habituellement le Jeudi saint, pendant la Liturgie du Saint Basile le Grand17.

3. La sanctification du Saint Chrême dans l'Église Orthodoxe Roumaine

En ce qui concerne l'Église Orthodoxe Roumaine, même si aucun canon de quelque synode oecuménique ou local n'ait pas accordé au Patriarcat Oecuménique le droit exclusif de sanctifier le Saint Chrême, elle a été obligée à l'en procurer uniquement de celle-ci. Les demandes adressées par les Roumains au Patriarcat Oecuménique de sanctifier eux mêmes le Saint Chrême ont resté, jusqu'à la fin du XIXème siècle sans aucun résultat. La sanctification et la réception du Saint Chrême par l'Église Orthodoxe Roumaine signifiait aussi une source économique importante pour le Patriarcat Oecuménique; notamment, les prêtres des diocèses et les archiprêtres ramassaient de l'argent, par une collecte spéciale pour le Saint Chrême18.

Le Saint Chrême a été apporté dans l'Église Orthodoxe Roumaine non seulement de Constantinople mais aussi d'autres Patriarcats orthodoxes. Ainsi, le patriarche d'Alexandrie, Méléthe Pigas a envoyé au voïvode Jérémie Movila le Saint et Auguste Chrême, sanctifié par lui à Alexandrie19. Autrefois, le Saint Chrême a été apporté en Moldavie et aux Pays Roumains de Russie, du Patriarcat serbe d’Ipek et du Patriarcat de Carlovitz.

Entre le XVIème et le XIXème siècles, on a signalé des cas où le Saint Chrême a été sanctifié dans le territoire roumain, par le patriarche oecuménique même. De la sorte, au XVIème siècle, le patriarche Pachomie (1503 - 1505, 1506 - 1514), à l'occasion de son arrivée en Hongrovlachie pour collecter des charités, accompagné par quelques ecclésiastiques monastiques et laïques, a sanctifié le Saint Chrême à Targoviste, en 151320. Un autre patriarche, Dossithé, avait sanctifié le Saint Chrême dans l'Église Orthodoxe, à Jérusalem, en 1670 pour la première fois et en 1702 pour la deuxième fois.

Le Patriarcat Oecuménique ne pouvait pas être content de la sanctification du Saint Chrême dans les Pays Roumains par les patriarches des autres Patriarcats Orthodoxes. Cependant, il n'a pas manifesté toujours son opposition (voir la sanctification du Saint Chrême à Iassy, en 1643 par le patriarche Théophone le IIIème de Jérusalem). Le patriarche oecuménique Parthénie le Ier n'a manifesté aucune opposition, cette attitude étant determinée par le fait que le voïvode Vasile Lupu avait retourné toutes les dettes au Patriarcat Oecuménique21.

Après l'unification des Principautés et l'obtention de l'indépendance vis-à-vis de l'Empire Ottoman, l'Église Orthodoxe Roumaine ne pouvait plus tolérer la situation existente, notamment de procurer le Saint Chrême de Constantinople. Par conséquent, dans une lettre de 1836, adressée au métropolite Veniamin Costache de Moldavie, on rappelait que, par us et coutumes, seulement le patriarche de Constantinople avait le droit de sanctifier le Saint Chrême. L'argument principal était les canons de Balsamon, du XIIème siècle22. Néanmoins, le 25 mars 1882, le Jeudi saint, dans le cadre de la sainte Liturgie de Basile le Grand, les prélats du Saint Synode de l'Église Orthodoxe Roumaine, dirigés par le métropolite Calinic Miclesco, ont sanctifié eux-mêmes le Saint Chrême dans la cathédrale métropolitaine de Bucharest. Le Patriarcat Oecuménique, de peur qu'il ne perte pas une source sûre de revenus et, qu'il ne diminue pas son influence, a condamné fermement la sanctification du Saint Chrême par les prélats de l'Église Orthodoxe Roumaine, en 1882.

Le 10 juillet 1882, dans quelques tomes de reconnaissance de l'autocéphalie de certaines Églises Orthodoxes, le Patriarcat Oecuménique s'est réservé à son compte le droit de sanctifier le Saint Chrême - c'est le cas de l'Église de Grèce (1850) et de l'Église Serbe (1879). En ce qui concerne l'Église Orthodoxe Roumaine, dans le document de reconnaissance de l'autocéphalie de 1885, cette réserve n'apparaît pas. Par contre, on y spécifiait clairement le droit du Synode de l’Église Orthodoxe Roumaine de sanctifier le Saint Chrême23. De cette manière, l'Église Orthodoxe Roumaine, par ses prélats, sanctifiat elle-même le Saint Chrême pour ses besoins, comme les autres Églises soeurs - jusqu'à la reconstitution du Patriarcat bulgare (1921) et sa reconnaissance par le Patriarcat de Constantinople, notre Église a sanctifié le Grand Chrême pour l'Église Bulgare aussi24.

En conclusion, chaque Église autocéphale a le droit de sanctifier le Saint Chrême, étant donné le fait que, sur le fondement de l'autocéphalie, le Synode des évêques, dirigés par le patriarche, a l'autorité charismatique nécessaire pour un tel acte. L'oppinion qu'une nouvelle formule de sanctifier le Saint Chrême dans une seule place peut être discutée mais non pas comme un privilège accordé à une certaine Église.

La sanctification du Saint Chrême peut être réalisée à Constantinople, Jérusalem, Moscou ou Bucharest par tous les prélats des Églises Orthodoxes autocéphales et autonomes ou par leurs délégués dirigés par le patriarche oecuménique ou tout autre patriarche d'une Église autonome. Mais cette situation est une question à laquelle il faut souscrire d'une manière libre chaque Église autonome ou autocéphale. Jusqu'à ce moment là, le droit des Églises autonomes et autocéphales de sanctifier le Saint Chrême demeure une pratique justifiée sous l'aspect dogmatique, canonique et liturgique.

Au point de vue théologique, l'idée de sanctifier dans une seule place le Saint Chrême est justifiée en temp que signe de l'unité panorthodoxe et des bonnes relations entre toutes les Églises Orthodoxes autocéphales. Toute autre prétention de nature juridique n'a pas de sens et ne peut créer que des discussions, des tensions et même des schismes dans le milieu ecclésiastique orthodoxe.