La question courante à laquelle l'Église est appelée à répondre fait référence à la raison pour laquelle l'homme adhère au modèle chrétien de vie. La réponse des confessions chrétiennes se distingue par les particularités suivantes: l'orthodoxie argumente la nécessité de l'incorporation de l'être humain dans l'Église de Jésus - Christ pour le fait qu'à travers cet acte se réalise la communion personnelle de l'homme avec Dieu dans son hypostase Trinitaire; le catholicisme justifie l'importance de la christianisation de l'homme ayant comme point de départ l'autorité divine de l'institution ecclésiastique et sa qualité de garant de l'achèvement de la nature humaine; enfin, le protestantisme justifie la qualité de chrétien en raison de la demande spéciale que la Divinité adresse à ceux voués à la communion avec Jésus-Christ. Toutes les trois Églises historiques auxquelles s'ajoutent les groupements chrétiens de l'époque moderne mettent l'accent sur la transformation qualitative que le christianisme produit dans la nature humaine. En dépit de ce fait, l'homme moderne continue à rester pasiff devant le message évangélique. Cette situation nous oblige à analyser attentivement les facteurs historiques qui ont perturbé et continuent d'affecter la liaison de l'homme avec Jésus et de chercher des solutions réalistes pour l'affirmation des valeurs de la spiritualité chrétienne.
Le christianisme dans le premier millénaire
Dès le premier siècle après Jésus - Christ, dans les communautés fondées par les Saints Apôtres sont apparues des formes d'interprétation de l'Évangile différentes du spécifique de l'enseignement du Rédempteur. Un cas typique est celui des chrétiens de Thessalonique. Les Thessaloniciens ont appris beaucoup de détails sur Messie, sur sa doctrine et les miracles du Saint Apôtre Paul, à l'occasion de son deuxième voyage missionnaire. Ils ont été fascinés par l'idée du retour de Jésus parmi les gens. Révoltés à cause du traitement auquel ils étaient soumis par les aristocrates de l'époque et inquiétés du sort de leurs morts qui – supposaient-ils – ne jouisseront pas de la rencontre avec Jésus, ils ont renoncé à toute forme d'activité en se dédiant à la prière. L'attitude passive des Thessaloniciens a eu des conséquences très graves pour l'Église chrétienne de la région: les persécutions violentes exercitées par les autorités païennes et la pauvreté. Pour limiter ce type de comportement, l'Apôtre Paul leur demanda avec fermeté de renoncer à la vie passive, de ne prendre pas en considération les prémonitions de certains missionnaires et les qualités charismatiques que ceux-ci évoquaient et de mener une vie normale. C'est pour cela que les deux épitres pauliniennes adressées aux Thessaloniciens mettent en évidence l'importance de la vie active, de la discipline et de la prière, comme moyens d'intégration responsible de l'homme dans l'Église de Jésus-Christ (I Thessaloniciens, 5, 1-11; II Thessaloniciens, 2, 1-15 et 3, 14-15). Les croyants de Thessalonique n'ont pas été les seuls „non-conformistes" de l'Église apostolique. Une attitude pareille ont manifesté aussi les chrétiens de l'Église de Corinthe.
Après le départ de l'Apôtre Paul de Corinthe (l'an 52 après J.C.), Apollos, un chrétien d'Alexandrie instruit et baptisé par les époux Acvila et Priscila a commencé à prêcher l'Évangile d'une manière différente, en formant la fraction dite „d'Apollos". Les juifs de Corinthe qui manifestaient une attitude hostile envers Paul et contestaient sa qualité d’apôtre - formaient le groupement „de Pierre". Une autre fraction corinthienne soutenait qu'elle se trouvait en contact direct avec Jésus le Sauveur en invoquant „les dons" reçus par l'opération du Saint Esprit. Ce qui est sûr est le fait que ces groupements neglijaient le fondement des enseignements évangéliques au détriment des opinions subjectives basées sur la sympathie pour une personne ou une autre. Ce type de comportement a été condamné par Saint Paul parce qu'il périclitait la situation de l'Église chrétienne (I Corinthiens 3, 4-5). Les situations mentionnées ont été suivies par d'autres fractions avec des conséquences graves dans le plan doctrinaire, dont nous allons en envisager quelques unes.
L'histoire chrétienne post-apostolique surprend de grandes convulsions sociales, car le christianisme proposait un nouvel ordre moral opposé aux critères éthiques de la société antique tardive. De ce point de vue, ont été prises des mesures restrictives contre les chrétiens. On leur a interdit la pratique du culte et on leur a demandé d'apostasier. Les actions ont été très virulentes, du simple chantage jusqu'à la violence provocatrice de mort. Dans ces circonstances sont apparus les martyrs1. Le défi des offences et des peines, l'acceptation avec sérénité de la mort ont eu pour conséquence le fait que les martyrs ont été considérés par les membres de l'Église des modèles parfaits de comportement. L'image du martyr a été parfois idéalisé dans des biographies artificielles qui évoquaient des théophanies et des miracles. Le but de ces monographies romancées a été la stimulation de la résistence des chrétiens devant les persécutions païennes. Au - delà du rôle éducatif, les biographies hiératiques ont eu aussi un effet négatif sur la conscience des chrétiens des siècles suivants. En partant de ces modèles artificiels, sont apparues des typologies de l'homme parfait qui ont été assumées et imitées par beaucoup de chrétiens. Dans ce contexte, la révélation du mystère est devenue l'objectif principal emprunté par les expiateurs de la vie chrétienne. La littérature chrétienne consignera de cette manière des données sur la matéralisation de Jésus et d'autres martyrs chrétiens qui s'étaient sacrifiés pour les idéaux de la vie ecclésiastique. L'artificiel de ces informations consiste dans le fait qu'elles contredisent le sens immédiat de l'enseignement évangélique. Vu les informations bibliques, le corps de Jésus a été déifié, après la ressuréction, donc il ne peut être perçu que dans Sa dimension eschatologique de l'existence2. Un autre paradigme qui a marqué l'histoire chrétienne est l'image de l'homme retiré du travail de la vie sociale. Le silence, la vie austère et la prière sans cesse constituaient pour beaucoup de chrétiens de la période des persécutions une alternative à l'état d'inquiétude provoquée, par les harcélements auxquels étaient soumis les membres de l'Église par les autorités civiles. Bien que cette position ait eu en certain but, elle n'était pas totalement approuvée par les conseillers expérimentés de la vie chrétienne. Dans ce sens, il faut prendre en considération les événements particuliers qui ont eu lieu au IVème et au VIIIème siècles ap. J.C.
En 313 ap. J.C., l'empereur Constantin le Grand, par l'Édit de Milan, a reconnu la liberté d'expression pour la religion chrétienne aussi que pour d'autres religions de l'Empire. C'est ainsi qu'on a crée le cadre favorable pour la consolidation de la vie ecclésiastique et on a facilité la présence au centre de la vie liturgique de quelques „maîtres spirituels" qui dirigeaient la vie des chrétiens. Cependant, quelques uns des ermites ont refusé la réintegration dans la communauté chrétienne urbaine. Saint Jean Chrysostome écrivait, dans ce sens: „Souvent j'ai désiré que la vie solitaire et les monastères n'aient aucune raison et que nous trouvions la lois et la justice même dans nos cités . . . Mais, comme les gens semblent être toujours en confusion, . . . le désert demeure encore l’espace de la sagesse".3
Au point de vue théologique, le monachisme est un acte de communion de l'homme avec Dieu; c'est un mode de vie consacré à la prière et à l'ascèse. La thèse qui est le point de départ de la théologie chrétienne en vue de soutenir la vie monacale souligne l'idée d'assumer, dans l'univers spirituel humain du monde réel dans sa totalité, dans le but de le rendre meilleur par la prière, la méditation et la contemplation. Néanmoins, la vie monacale a été sévèrement critiquée même par certains Pères de l'Église. Ceux-ci y ont identifié l'absence d'une motivation solide dans le cas de certains moines. La tendance d'abandonner la société et de se soustraire devant le processus de dilatation cosmique auquel doit participer tout homme non seulement par son activité intellectuelle mais aussi par le bien réalisé, a été blâmée par les classiques chrétiens. Ceux - ci montrent que le risque de l'expérience monastique est grand, parce que les provocations auxquelles les moines sont soumis sont complexes et toutes autres que celles auxquelles doit se soumettre un chrétien habituel. Les Pères de l'Église attirent l'attention sur le fait que souvent, les expiateurs de la vie monacale sont animés par des idéaux qui contredisent le sens profond de la religion chrétienne. Pour le désir de toucher la sainteté et d'imiter le modèle de vie imposé par Jésus - Christ, les moines échouent en dehors des règles de la vie ecclésiastique et donnent naissance à un mode de vie étranger aux typologies authentiques de l'existence chrétienne. Par exemple, Paul de Thèbe (234 - 347 ap. J.C.), Antoine le Grand (251 - 356 ap. J.C.), Pachomie (276 - 347 ap. J.C.) ne considèrent pas leur règle de vie comme décisive pour les autres chrétiens. Ils recommandent aux membres de l'Église qu'ils mènent une vie évangélique, c'est - à - dire normale4. Avec tous les inconvenients signalés, dans les premiers siècles chrtiens, l'Église est restée fidèle à l'enseignement de Jésus. Au IVème siècle apparaissent beaucoup plus de tendances de théoriser excessivement la doctrine chrétienne. L'explication est simple: d'une part, on désirait une argumentation du fait que le christianisme est un système idéatique aussi profond que les systèmes philosophiques promus par l'antiquité grecque, d'autre part, on a envisagé l'intellectualisation du message évangélique, afin d'être récepté par le monde cultivé de l'époque. L'une et l'autre solution ont éloigné le message évangélique du sens profond de son contenu.
Les enseignements du Sauveur Jésus ont été ancrés dans la réalité historique de l'époque dans laquelle Il a vecu et font référence soit aux problèmes théologiques soit aux questions d'ordre éthique. Au point de vue théologique, le Fils de Dieu dévoile aux gens la relation divine Père - Fils. Il montre que dans le milieu divin de vie le Père et le Fils forment une seule personne (Jean, 10, 30) et pour comprendre cette unité il est suffisant que ceux qui regardent vers Sa personne voient le Père (Matthieu, 3, 16 - 17). Cette vérité est reprise par les Pères de l'Église comme thème de discussion aux Synodes oecuméniques de 325 (Nicée) et 381 (Constantinople). La définition formulée par les participants souligne l'unité de l'être et l'existence tripersonnelle de la Divinité. En même temps, la théologie de ces deux synodes véhiculent l'idée selon laquelle le modèle concentrique de vie divine doit être assimilé en tant qu’ un archétype viable dans la communauté ecclésiastique. L'effet escompté par les classiques chrétiens n'a pas été matérialisé. Dans ce sens, la position du suverain Constantin le Grand envers les chrétiens qui troublaient l'ordre de l'Empire par des disputes théologiques orageuses est relevante.
Constantin le Grand - le président d'honneur du premier Synode oecuménique - lorsqu'il a appris que la dispute entre les Ariens et les Orthodoxes a été amplifiée, même si les uns et les autres soutenaient qu'ils étaient les représentants de la vérité théologique unique a demandé des explications concernant le différend entre les deux groupements. Après lui avoir expliqué le contenu de la polémique, notamment la manière d'interprétation de deux termes: homousios = du même être avec le Père et homiusios = pareil au Père il en a été consterné et a demandé qu'Athanasse et Arie soient excommuniés. Aussi contrariante est la situation du siècle suivant quand, à Alexandrie, une intellectuelle de prestige - une femme philosophe Hypathia - , représentante d'honneur de l'Académie grecque tardive, est morte torturée par les chrétiens, justement par la catégorie sociale qui avouait comme principe l'amour désintéressé, d'après le modèle de la Sainte Trinité. Nous considérons que les deux exemples reflètent clairement la différence entre l'humanisme évangélique et les exagérations qui sont parvenues après l'époque apostolique.
Au VIIème et au VIIIème siècles, on est arrivé à une perte du sens des représentations iconiques de Jésus et des Saints. Les exagérations ont touché un tel degré que les fidèles appréciaient l'image en elle-même comme le substitut du sujet y représenté. Ainsi, la différence entre l'idolâtrie et les représentations subjectives des fidèles était devenue insaisissable. Au Byzance, pendant la Liturgie, ceux présents admiraient les icônes du Fils de Dieu et leur émotion esthétique remplaçait la piété décente. De cette manière, ils satisfesaient leur désir sensuel et l'icônne, en elle-même devenait un objet de contemplation. On est arrivé même à la situation dans laquelle, dans les calices, à côté du pain et du vin, on grattait la teinture des icônes qui représentaient Jésus, de sorte que la présence du Fils de Dieu dans la vie des fidèles soit concrète. Il faut rappeler aussi les cas où les icônes des Saints remplaçaient même les parrains au Baptême . . .5. Les situations présentées révèlent la présence d'un fondement magique dans la manière de penser des fidèles.
À la fin du premier millénaire, très peu de chrétiens continuaient d'être attachés aux valeurs évangéliques, dans l'esprit de la dévotion chrétienne originelle. Ils attendaient le retour de Jésus parmi les hommes et vivaient avec l'espoir de la récompense des élus du Seigneur. Ils espéraient aussi que le juste Juge sanctionne sévèrement ceux qui avaient été hostiles à la doctrine et à la piété chrétienne. Comme cet événement n’est pas arrivée, la désillusion a affecté beaucoup de consciences et la conséquence en sera dramatique: c'est dans ces circonstances que la Rennaissance apparaît, courant qui mettra l'accent sur la partie visible du monde. De la même manière que dans la philosophie grecque, le cosmos redevient le milieu consacré aux phénomènes théophaniques. Timidement, l'Invisible, comme thème de méditation, cède la place aux choses de ce monde, à la lumière, aux couleurs et à l'armonie des formes, comme des facteurs révélatoires de Sa présence dans l'existence humaine6. La Renaissance a essayé, de la sorte, de consoler la conscience humaine devant la désillusion produite par l'ajournement du moment eschatologique. Elle a redonné à l'humanité la confiance dans sa dignité cosmique et historique. Le principe soutenu par les grands esprits de la Renaissance soulignait le fait que Dieu ne doit pas être attendu, Il doit être découvert, par effort spéculatif.
Le christianisme dans le deuxième millénaire
Comme suite au Schisme de l'année 1054, les prérogatives de dirigeant unique de l'Église Occidentale, assumées par le patriarche de Rome, a sensiblement marqué les patriarches de Constantinople. Bien que nous nous trouvions devant un geste réflexe, cette mentalité influencera les relations entre les Églises de l'Est. En voici quelques situations concrètes:
L'apparition de l'hésychasme a donné naissance à des polémiques acharnées. Une d'entre elles a eu pour protagonistes le patriarche Jean Calecas de Constantinople et le patriarche Ignatius d'Antioche, le dernier étant déposé du Siège épiscopal, comme suite au synode réuni à Constantinople, en 13457.
Un autre cas d'intolérance est la position du patriarche oecuménique Calist Ier (1350 - 1353; 1354 - 1364) qui a anathémisé, en 1353, l'Église serbe pour avoir refusé les services des évêques grecs des territoire conquis par le tzar Étienne Dușan. La réconciliation entre les deux Églises Orthodoxes n'a été réalisée qu'à peine, en 1375, pendant le patriarche oecuménique Philothé Kokkinos (1353 - 1354; 1363 - 1376)8.
Enfin, un dernier exemple concluant est la situation de la Moldavie où l'effort du patriarche oecuménique Antoine (1389- 1390; 1391 - 1397) d'imposer des prélats grecs (Théodosse et Jérémie) n'a pas été agrée, c'est pourquoi seulement après beaucoup de négociations le patriarche Matthieu de Constantinople (1397 - 1410) réussira à comprendre le désir des Moldaves d'avoir leur propre prélat et il signera le décret d'intronisaton de Joseph Musat (1401 - 1408)9. Ces situations indésirables dévoilent les effets produits, dans le plan historique, de subordination. Même si les idées ariennes ont été rejetées officiellement par la théologie synodale, elles continuent d'être actives au niveau de la mentalité, en influenceant négativement la forme d'organisation de l'Église .
Au commencement du deuxième millénaire, les excès de piété continueront d'affecter l'image de la vraie religiosité chrétienne. Un tel exemple négatif est celui des croyants de la région d’Yon qui, au XIIIème siècle, ont déclaré martyr un chien ! Le quatrupède est le héros d'une histoire très appréciée à l'époque. La narration nous présente Guynefort qui avait défendu l'enfant de son maître de l'attaque d'un serpent venimeux. Le père de l'enfant, en voyant le chien plein de sang et le couffin renversé, a cru qu'il avait tué son fils. C'est pourquoi l'animal innocent a été tué. Les fidéles de la régions, touchés par la sort du quatrupède, ont été convaincus que Dieu canonisera le chien et on a commencé à déployer un vrai pèlerinage autour de son tombeau. Les malades et, en particulier les enfants souffrants y étaient amenés par leurs familles pour être guéris10.
L'apparition de l'imprimerie environ 1450 mettra son empreinte sur le monde chrétien. La parole sera reçue dans sa qualité de modèle de la communication entre Dieu et l'homme et entre les gens. Elle devient le médium désonorisé et désocialisé.
Dès le commencement le Verbe appartenait à Dieu. Il était la vie et la lumière des gens, il n’était pas personnel, mais littéraire. Le Verbe était le véhicule de la vérité, objectif, transcendent. Dans l'Ancien Testament la fonction de la parole est significative car elle remplace les statues et les images peintes. La parole met en discussion une nouvelle hypostase: le christianisme du texte imprimé: le message évangélique enregistré dans le plan mental. Le nouveau modèle de réception produit des effets particuliers au niveau de la conscience et détermine des états d'esprit spéciaux au niveau de la foi. Par cette mutation, la Tradition qui représentait un continuum de l'expérience chrétienne, a été éludée. À sa place, „le signe auditif" devient prioritaire. La nouvelle divinité, de l'ancre, donne naissance aux images subjectives. Les représentations personnelles du fidèle qui s'approche du verbe divin, sont reçues comme des expressions courantes de la vraie liberté religieuse. De cette manière, la Réforme protestante est apparue.
La Réforme protestante a voulu démontrer le fait qu’entre l’homme et Dieu il y a une liaison mystérieuse. La preuve de cette relation est la présence dans le monde de l’homme fidèle. La communauté des fidèles devient un problème connu seulement par Dieu. Les transformations sociales produites par là réforme ont amplifié la crise du monde chrétien.
La formulation de quelques lois physiques a divisé d'une manière catégorique le phénomène du „numen". Ainsi s'est produit une vraie révolution au niveau de la pensée et des schémas mentaux avec lesquels l'homme s'est familiarisé à opérer longtemps. En partant des thèses proférées par le protestantisme, beaucoup de gens, plus exactement ceux qui n'ont saisi aucun „signe divin" dans leur coeur, ont été mécontants d'être nommés des „infidèles". Ayant comme modèle l'exemple de la Renaissance, les „infidèles" sont partis pour chercher Dieu, en devenant les principaux représentants des sciences positivistes. Par la formulation des lois physiques, les chercheurs des sciences exactes ont mis dans une nouvelle relation le sujet avec l'objet, fait qui a déterminé une vraie révolution idéatique. Dieu devient ce „Autrechose", que les objets du monde et l'ordre cosmique le suggérent seulement. La Divinité est en même temps „Sujet" et „Objet": Sujet pour les personnes qui réduisent l'expérience religieuse à la somme des états d'âme intérieurs; Objet pour ceux qui se rendent compte de la toile mirifique de la réalité, comme modalité de travail d'un Architecte invisible.
Le christianisme au - delà de la dialectique
Le réflexe de la pensée positiviste a pénétré même dans le milieu théologique. Dans ce sens on peut faire référence aux courants du XXème siècle: la théologie démythologisante et la théologie de „la mort de Dieu". Le désir de délimiter l'information historique des narrations bibliques du facteur mythologique et le sentiment d'abandonement de l'homme dans l'histoire et dans la création par un Dieu impassible, deviennent des thèmes de recherches scientifiques pour les représentants de ces courants - R. Bultmann et Paul van Buren. Par cette démarche critique on minimalise d'une part la divinité et l'oeuvre de rédemption de Jésus - Christ et, d'autre part on néglije la liaison de l'homme avec la Divinité, médiée par la parole divine et la raison humaine.
La tendance d'accorder la priorité à la révélation divine, à la parole biblique et à la foi, en tant que don accordé par le Saint Esprit, d'une manière préférentielle aux hommes, amplifie le processus de confessionalisation du christianisme. Chaque confession chrétienne est convainque qu'elle exprime, par son enseignement et la conduite adoptée, le spécifique de la vie chrétienne de l'époque apostolique. Cette option ne se retrouve pas seulement dans le cercle des confessions chrétiennes centrifuges; elle apparait aussi dans les préoccupations de certains fidèles des Églises historiques. Nous allons envisager ce problème dans les lignes qui suivent, y compris les aspects concernant notre Église.
Après 1989, dans le cadre de l'Église Orthodoxe Roumaine des associations et des sociétés qui existaient à l'époque antérieure à l'année 1948 ont été réactivées. À celles-ci s'ajoutent d'autres, nouvelles.
Les associations et les sociétés chrétiennes comme „L'Armée du Seigneur", „La Ligue de la Jeunesse Chrétienne Orthodoxe", „l'Association des Femmes Orthodoxes de Roumanie", conformément au règlement de fonctionnement ont la mission de soutenir l'Église dans son activité pastorale - missionnaire. La promotion de la foi chrétienne, de la piété et de l'aide du prochain sont les principales directions d'action auxquelles sont invités à adhérer les membres de ces groupements. Cependant, parfois ces organisations se situent en opposition avec l'enseignement religieux - moral de l'Église, qu'elles déclarent la représenter. À une analyse attentive, les enseignements promus par ces groupements sont dominés par piétisme, écletisme et concentrationisme.
Le piétisme manifesté par certains adeptes de ces groupements est mis en évidence par la tendance d'induire aux autres membres de l'Église leur propre attitude concernant la religiosité. Cependant, les idées énoncées par les piétistes sont incompatibles avec la doctrine et la morale orthodoxes. Par exemple, la place de Dieu le Vif est prise par „quelqu'un d'autre", un dieu crée par la fantaisie débordante de l'esprit humain, et l'amour infini de la Divinité est confisqué par le cercle de ceux „voués". Les constructions théoriques de ce genre ne font pas partie de la Tradition; elles sont attachées d'une manière forcée à l'enseignement de l'Église. La preuve de cette pseudo - jonction est que, bien qu'elles soient destinées à la revitalisation de la vie chrétienne, ces idées sont assimilées en général par les fidèles passifs de l'Église qui ne connaissent pas - pour beaucoup de raisons - les enseignements évangéliques.
À son tour, „la théologie éclectique" n'est pas une solution pour la récupération des „toujours absents" du corps ecclésial. Il est vrai que le besoin d'importation religieuse est devenu une mode dans le monde contemporain. Mais l'intérêt de quelques groupements pour les formes exotiques, même primitives du sentiment religieux n'est pas un indice du fait que la religion chrétienne se dévalorise. Il y a encore deux formes perpétuelles, par lesquelles le christianisme justifie son actualité: le culte et la doctrine.
Le culte actualise et attire l'attention sur le drame provoqué par l'échec de l'expression libre de l'homme dans l'existence, et la doctrine propose des idées sociales, destinées à établir la bonne cohabitation des gens. Descriptif ou normatif - la grande provocation à laquelle doivent répondre les théologues contemporains, en ce qui concerne le spécifique des dogmes - le dogme demeure une orientation pour les fidèles d'une confession, et dans son contenu on retrouve des repères pour la sensibilité religieuse de l'homme croyant.
Enfin, le concentrationisme religieux représente la tendance d'isolement de certains fidèles de la communauté ecclésiale en considérant qu'ils représentent l'élite spirituelle de l'Église. Mais la dénomination même de ces associations - „L'Armée du Seigneur", „La Ligue de la Jeunesse Chrétienne Orthodoxe", „Lassociation Chrétienne des Étudiants Orthodoxes", „La Société des Femmes Orthodoxes de Roumanie" - confirme le fait qu’elles se séparent de la communauté ecclésiale par des critères de sexe, âge et profession. La présence „des églises" dans l'Église contredit la doctrine et la morale chrétiennes. Jésus-Christ n'a favorisé aucun de Ses apôtres ou de Ses disciples. Le Fils de Dieu propose une architecture de l'organisme ecclésial dans laquelle tout homme peut se retrover, sans tenir compte de l'époque historique dans laquelle il vit. Le Seigneur parle de „ceux qui se savent pauvres en eux-mêmes", de „ceux qui sont dans la tristesse", de „ces qui ont pitié des autres", de „ceux qui sont purs en leur coeur", de „ceux qui créent la paix autour d'eux", de „ceux qui sont persecutés" (Matthieu 5, 2 - 11). Ces typologies humaines sont des modèles pédagogiques pour tout homme qui désire entrer en communion avec Dieu Unique de la Trinité.
Des attitudes discutables apparaissent même dans les opinions de certains théologues roumains, formateurs d'opinion dans la société roumaine. Dumitru Stăniloae (1903 - 1993) apprécie que, dans le plan spirituel, les orthodoxes n'ont rien à recevoir des occidentaux, ils ont seulement à donner et que le christianisme populaire roumain devrait servir de modèle idéal pour l'organisation politique de tout état occidental, des états dominés par l'individualisme11. À son tour, le professeur Vasile Mihoc de la Faculté de Théologie Orthodoxe de Sibiu met l'accent sur le fait que la justesse de la foi doit être la principale préoccupation du chrétien d'aujourd'hui. Pour cela, il recommande le renouvelement intérieur de l'Église par la retraite des fidèles du monde autour de l'autel, l'accroissement des pratiques méditatives - „la descente dans le coeur" - et l'expérience eucharistique12.
De telles solutions ne sont pas les plus convenables pour l'afirmation du christianisme dans le monde contemporain. Ce qui peut contribuer, d'une manière authentique - à notre avis - à la stimulation de l'intérêt social pour les valeurs chrétiennes c'est le dialogue, l'acceptation des différences, la négociation. L'Église peut irradier d'une manière positive l'humanité, par la mise en évidence des mutations que l'enseignement et le modèle chrétien de vie ont produit dans la conscience sociale. Sans nier la fonction de la culture dans la société, l'Église peut démontrer l'origine révélée des valeurs fondamentales que les humanistes contemporains proclament dans leurs oeuvres. Le maintien d'une mentalité anachronique par les représentants de l'Église par rapport à la modernité et à la culture - comme l'expérience historique le montre - a fait et fait encore que le christianisme donne des fruits hors de l'espace ecclésiale13.
La sortie de l'utopie se réalise par la situation de tout croyant dans l'éspace intermédiaire, entre la transcendance eschatologique du Royaume et l'immanence séculière du monde. C'est la position historique sur laquelle s'est située l'Église devant les tendances exclusives, schismatiques et hérétiques. Même si le progrès technique auquel on est arrivé aujourd'hui encourage la proclamation de la souveraineté de l'homme sur soi-même et sur le monde sensible, l'homme conscient de soi continue d'être préoccupé par l'invisible, la tradition et la fonction mystèrieuse de l'acte créateur. Par cette aspiration vers l'ineffable, l'être humain révèle le fait qu'il transcende la dialectique et la théologie chrétienne, par la doctrine eschatologique et les expériences mystiques - sacramentales qu'elle détient, peut offrir une réponse adéquate aux recherches et aux inquiétudes de l'être humain.
Le christianisme est capable de réanimer la société contemporaine, en dépit de la crise d'identité dans laquelle elle se trouve. La communauté des fidèles, organisée d'après le principe de l'universalité a l'habilité d'offrir à la société civile la chaleur de l'amour qui l'inspire. Mais, pour cela on a besoin de maturité et d'équilibre. L'infusion de la mystique comme norme comportamentale, la déconsidération de l'activité intellectuelle, la subordonation ecclésiale non-conditionnée, comme nous venons de présenter, sont les moyens les plus inefficaces par lesquels on essaie l'enrégimentement ecclésial des „moins fidèles". C'est la raison pour laquelle nous apprécions que toute paroisse doit être envisagée comme une microstructure spirituelle qui fonctionne d'après le principe de la communion dans la diversité.
Il est vrai qu'à présent, la situation de notre Église dans la société est positive. Les sondages d'opinion montrent qu'un nombre important de Roumains retrouvent leurs convinctions religieuses dans la confession de foi de l'Église Orthodoxe. En tant qu’organisme théandrique l'Église, dans sa componente divine, ne souffre pas de modifications. On ne peut pas dire la même chose du facteur humain qui fait partie, lui aussi de l'Église, mais qui est circonscris au point de vue temporel et spatial. Par conséquent, les membres de l'Église sont soumis aux influences déterminées par les facteurs culturels, politiques, sociaux et économiques. Sous l'influence de ces agents, il est normal que la position sur laquelle s'étaient situés ceux interrogés en ce qui concerne leur appartenance religieuse enregistre des changements. Pour dépasser une telle situation, le clergé doit dialoguer en permanence avec les fidèles et élaborer un programme formatif complexe (théologique, ritualiste, humaniste) - en partenariat avec les intellectuels - pour des besoins spirituels et culturels de la communauté et de développer des activités sociales en évaluant les exigences locales.