Les accumulations dans une période d'environ un siècle qui s'est écoulé depuis l'affirmation de V. Pârvan qui admettait la religion chrétienne dans la province Dacia comme „une nécessité logico - historique"1, confirment entièrement la justesse de l'opinion du grand savant. De ce point de vue, un rôle décisif l'ont eu les découvertes archéologiques, analisées et interprétées par nombreux chercheurs. Parmi eux, il y a encore des divergences, surtout en ce qui concerne le nombre des objets chrétiens et leur datation pendant la province ou après la retraite aurélienne, c'est à dire au commencement du IV-ème siècle2. Beaucoup d'objets, spécialement des gemmes, peuvent être encadrés difficilement dans un intervalle de temps très court.
Des preuves valoreuses de la pénétration du christianisme dans le territoire nord - danubien sont les gemmes ayant des symboles chrétiens, datés, en général, au III-ème siècle jusqu'à la fin des persécutions3. Ainsi, de Potaïssa (Turda, départ. de Cluj) provient une gemme en onyx, où il y a plusieurs symboles chrétiens - Le Bon Berger, Jonas en tombant du bateau, arbor evangelica où il y a le pigeon et l'inscription ΙΧΘΥΣ. La pièce a été trouvée environ 1830 - 1840 sur les ruines de la Potaïssa romaine et elle était gardée vers 1847, dans la collection archéologique du compte Joseph Kemény, historien et archéologue de XIX-ème siècle dans la commune Luncani (Grindeni), près de Turda. La pièce est disparue, probablement pendant la révolution de 18484, étant connue seulement par une description contemporaine5, sur la base de laquelle on a réalisé d'autres études6. Selon certains chercheurs, la gemme provient du III-ème siècle, selon d'autres du IV-ème siècle7. Les motifs symboliques le Bon Berger et Jonas apparaissent au III-ème siècle.
Une autre gemme provient d'Apullum (Alba Iulia, départ. d'Alba), une pierre précieuse de bague avec une représentation isiaque „christianisée" probablement dans le milieu alexandrin8 par la gravure ulterieure de l'inscription ATTIW / X (PECT) VS // NEIKA / XE(I)A(N) („Attio: Jésus vainc la vision du serpent") et elle date certainement du III-ème siècle9.
Des pièces du même genre ont été trouvées: à Romula (Reșca, départ. de Dolj), en représentant deux paons qui soutiennent par leurs becs une croix10, au IV-ème siècle; à Orlea, représentant deux poissons suspendus à la barre transversale d'une croix11, ayant comme date le III-ème siècle; et une gemme sur laquelle on a entaillé l'arbre de la vie, le Bon Berger et un poisson, provenant de Transylvanie, sans être précisé le lieu de la découverte12, qui date du III-ème siècle13.
Des vestiges paléochrétiens ont été découverts dans de dizaines de complexes archéologiques dans différentes localités (cf. M. Rusu en 54), dont l'échelonnement se déroule tout particulièrement au II-ème et au III-ème siècles14. Il est vrai que le matériel documentaire consiste surtout dans de petits objets d'usage courant et le fait de les attribuer aux chrétiens a comme fondement, pour certains d'entre eux, seulement les symboles chrétiens qui forment leur ornement: des croix, des pigeons, des poissons, etc., admis par la plupart des professionnels comme preuves concludentes pour une telle attribution. Cependant il y a des vestiges qui, par les textes inscrits, complètés par des symboles chrétiens, conffirment d'une manière incontestable leur caractère chrétien.
Parmis les objets en céramique nous rappelons tout d'abord les plateaux en ovale ornés de poissons entaillés ou en relief, avant l'émaillage, découverts à Micăsasa15 et Vețel16. De tels plateux étaient utilisés dès l'époque primaire de l'Église dans le cadre du rituel eucharistique (l'acte de rompre le pain). Dans l'officine de Micăsasa, parmi les centaines de fragments de formes ou les dizaines de formes entières pour différents types de vaisseaux marqués, on a découvert aussi des fragments de formes pour des plateaux en ovale, de sorte que l'exemplaire orné de poissons ait été réalisé sans doute dans les ateliers locaux17.
Ces plateaux en ovale, ornés en outre par d'autres cachets (rhombiques, ou en rosette) et par de cachets circulaires incadrés par des croix ayant les bras égaux ont été aussi mis en oeuvre dans d'autres officines locales, tel que le prouvent les fragments de formes, encore inusités, découverts à Sarmizegetusa18. Toujours dans les officines locales de Cristești et Moïgrad-Porolissum (départ. de Sălaj) ont a fabriqué un certain type d'assiettes dont nous rappelons seulement les exemplaires ornés de croix, poissons, dauphins ou de cachets répétés qui rendent le mot FELIX19.
D'autres catégories de vaisseaux en terre glaise ont été décorés de poissons entaillés (Gherla, départ. de Cluj), Copăceni (départ. de Vâlcea), Gornea, Ramna, Berzovia (départ. de Caraș-Severin)20 ou de cachets qui représentent une croix ayant les bras égaux (Micăsasa – départ. de Sibiu, Apahida – départ. de Cluj, Moïgrad-Porolissum – départ. de Sălaj, Turda, Slăveni – départ. de Olt, Buciumeni – départ. de Sălaj, Cristești – départ. de Mureș, Sânsimion)21. Les plus nombreux sont cependant les vaisseaux de terre ou les couvercles pour les vaisseaux, découverts dans les cités ou dans les agglomérations rurales: Bologna, Buciumi, Caransebeș, Feldioara, Galiciuca – départ. de Dolj, Jupa, Locujteni – départ. de Dolj, Mehadia, Moïgrad, Noșlac, Rîșnov, Slăveni, Sarmizegetusa, Vețel22. Sont importantes les variétés des formes de vaisseaux (des amphores, des verres, des coupes etc.) sur lesquelles ont a incisé ou on a peint des inscriptions chrétiennes, notamment la coupe eucharistique de Moïgrade sur laquelle on a incisé avant la calcination l'inscription: VTERE FE(lix) SIS FELIX.23
Dans le camp de Iliușa – départ. de Bistrița Năsăud, on a découvert une petite lampe paysanne qui contien l'inscription VISE et une croix aux bras égaux24. Les cachets en terre glaise pour le pain bénit découverts à Pălatca25 (attribués par certains chercheurs aux Gothes chrétiens) et à Jabăr26 attestent non seulement la présence de quelques chrétiens, mais aussi de quelques prêtres, y compris l'existence des saintes demeures27.
Il est probable que les vaisseaux - mêmes ayant la forme de poisson découverts à Lipova (en bronze, aujourd'hui perdus) et dans une localité inconnue de Banat avaient plutôt un caractère liturgique, qu'une utilité domestique, de lampes, comme la littérature de spécialité le spécifie28. Les petites lampes paysannes en terre glaise, ornées de symboles chrétiens, découvertes à: Alba Iulia, Turda, Cluj-Napoca, Moïgrad, Sarmizegetusa, Corpadea, Iliușa, Feldioara-Războieni, Recșa, Poiana, Bărboși29 auraient pu avoir un caractère liturgique, par leur utilisation aux offices divins30. Le même caractère auraient pu avoir les coupes en verre, de Alba Iulia et de Sântana de Mureș31, qui pouvaient être utilisées à l'administration de l'eucharistie.
Autrefois, lorsque le nombre des croyants qui recevaient la communion à chaque liturgie était très grand, on utilisait dans ce but plusieures calices où on versait le vin apporté par les fidèles comme offrande pour la Sainte Eucharistie (amulae, calices offertorii) ou on y passait le vin nécéssaire pour le Sacrement (calix minor, calix sanctus), utilisés seulement par les prêtres, tandis que d'autres étaient usités pour la communion des fidèles (κρατήρ, scyphus, calix major, ministerialis ou communicalis) étant utilisés, d'habitude, par les diacres32.
À l'origine, les calices utilisés pendant la messe ne différaient par rien des verres usuels. À l'époque primaire, les calices eucharistiques étaient confectionnés de divers matériaux, même en bois. Selon certains chercheurs, même les Saints Apôtres et leurs descendants immédiats auraient utilisé de tels calices33. Plus fréquents ont été les calices en verre (en cristal) employés dans les premiers temps; ainsi, dans une de ses épitres, l'Heureux Jéronime fait l'éloge de Exuperios, l'évêque de Tolose, parce que celui-ci, après avoir vendu les vaisseaux en or de l'église pour aider les pauvres, employait un calice en verre34. À partir du II-ème et du III-ème siècles, Tertulian mentionne les calices dont la coupe en verre avait peint le visage du Bon Berger35. Plus tard, sur les coupes des calices on gravait le visage de Jésus le Sauveur ou des motifs décoratifs symboliques (des feuilles d'acanthe et des cordes de vigne, des oiseaux et des animaux symboliques.
Il était possible d'utiliser des briques et des tuiles cachetées de croix ou de poissons découvertes à: Apahïda, Barboși, Racovița, Reșca36, soit pour le dallage des endroits de culte, soit pour le placaje des autels, étant donné le fait que Théodosse le II-ème avait interdit pour la première fois (Cf. Codex Justinianus, I, 1) la peinture, la sculpture et l'estampillage de la croix sur le plancher des églises de manière que les respectives pièces aient été datées le plus tard au IV-ème siècle37. En plus, les briques d'Apahïda, Barboși et Reșca ont été découvertes dans des complexes bien datés au III-ème siècle.
En ce qui concerne les monuments funéraires, des polémiques intenses ont été déclanchées par un sanctuaire funéraire de Cluj-Napoca38, un relief funéraire de Gilău (départ. de Cluj)39, une étoile funéraire de Potaïssa40, un bas-relief du même centre urbain41 et un monument funéraire d'Ampelum (Zlatna, départ. d’Alba)42. L'autel funéraire de Napoca, le bas-relief de Potaïsse et le monument d'Ampelum, selon plusieurs spécialistes, ont été „christianisés" à l'époque postromane43 et ils pourraint être datés, dans cette situation au IV-ème siècle.
Les monuments funéraires de Gilău (départ. de Cluj) et de Potaïsse44 ont été christianisés déjà pendant la domination impériale et ils peuvent être datés au III-ème siècle. Bien qu'ils reproduisent la scène connue du banquet funèbre par la représentation du poisson et d'une assiette ovale et du pain orné de X ou “crux decussata” qui symbolisent Jésus-Christ45, ils peuvent être considérés des témoignages paléo-chrétiens, qui gardent encore quelques éléments païens46. Seulement au début du III-ème siècle les chrétiens auront des cimitières séparés. L'empereur Valérianus (253-260) a délivré des fonctions administratives et militaires tous les chrétiens, en confisquant en même temps les saintes demeures (ecclesia fratum) ou les cimitières (coemeterium) détenues par ceux-ci légalement comme propriétés collectives. Son fils et son descendent, Gallienus (260-268), convaincu par l'inutilité des persécutions a rendu un rescrit de tolérance47 en restituant les biens confisqués et en réintégrant dans les postes occupés auparavant les fonctionnaires et les militaires révoqués. Diocletianus et Maximianus ont confisqué de nouveau les saintes demeures et les cimitières, mais Maxentius48 les a restituées en reconnaissant ainsi le droit de propriété des chrétiens de ces biens49.
La présence des chrétiens parmi les militaires de Dacia est confirmée par la découverte des vestiges chrétiens dans différents camps et bourgs (cf. M. Rusu, en 28) ou dans des établissements qui leur appartennaient. Parmis les objets fréquents dans les camps nous rappelons les appliques en bronze de différentes formes ornées de croix aux bras égaux50 découvertes, par exemple, à: Buciumi, Copăceni, Gilău, Răcari, Râșnov, Olteni, Turda, Târgșor, Saschiz51. Le port de telles appliques comme symboles protecteurs ou comme signes de reconnaissance par les soldats et les officiers nous semble naturel, vu le fait que parmi les martyrs du III-ème siècle il y avait aussi des militaires. En ce qui concerne le martyr Procopius de l'époque de Diocletianus on précise qu'il portait autour du cou une croix en or et en argent52. Nous rappelons aussi quelques croix (portées probablement autour du cou), qui ont été découvertes à Moïgrad et Răcari53.
Les épingles à cheveux ornées d'un pigeon et découvertes dans les camps de Gilău, Romula, Dierna, Drobeta54, dans des contextes archéologiques datés aux siècles II-III, représentent des preuves en plus concernant l'existence de quelques chrétiens en Dacia à l'époque préconstantinienne.
Plusieurs monuments de Dacia doivent être considérés comme ayant un caractère chrétien incertain, respectivement: un couronement d'un autel funéraire de Potaïssa, ayant comme décoration un dauphin, un cantharos duquel sort un sarment de lierre et un de vigne55; un objet similaire du Musée National de l'Unification d'Alba Iulia et une stèle funéraire de Micia, tout les deux ayant le sarment de vigne qui pousse du vaisseau de l'eau vive, enfin, cinq créations sculpturales provenant de Micia, Ulpia Traiana, au Musée de Cluj-Napoca, au Musée d'Aiud et au camp de Cășeiu (départ. de Cluj), décorées de deux paons affrontés56.
Les décorations évoquées sont considérées par N. Zugravu de pure facture païenne57, qu'on peut rencontrer sur des centaines de monuments funéraires58, du monde roman entier, même s'il est aussi vrai le fait que certains écrivains chrétiens de l'époque primaire de l'Église ont donné une signification symbolique adéquate à la nouvelle religion.
Aussi peu probable est l'inclusion parmi les objets chrétiens d'un monument d'une typologie incerte découvert à Racovița, qui, aurait eu incisé dans la partie supérieure une croix, un triangle représentant un oeil qui symbolise le Sainte trinité, le nom de Jésus-Christ59. La doctrine de la Sainte Trinité a été achévée seulement au Synode de Nycée (325) bien qu'il existent des informations antérieures concernant les hypostases de la Trinité60, et le nom de Jésus - le - Sauveur aussi que les noms bibliques se sont imposés dans la paléographie grecque et latine, seulement au IV-ème siècle.
Toujours d'un caractère chrétien douteux sont deux petites lampes paysannes, une de Baia de Criș (départ. d’Alba)61 et l'autre de Gornea (départ. de Caraș - Severin)62, aussi que les cuillères eucharistiques de Buciumi, Deleni et Orșova63.
Les territoires extraprovinciaux
Dans l'espace extraprovinciale (la Moldavie et la Munténie) la présence de quelques adeptes de la nouvelle religion peut être admise après la deuxième moitié du III-ème siècle, tel que le poète Commodianus et l'historien ecclésastique Philostorgios l'attestent (? 368 - ? 425)64. Les croyants provenaient des prisonniers pris par les Carpes et les Gothes des provinces sud-danubiennes (Moesia Inférieur, Thracia, Illyricum) ou asiatiques (Cappadocie, Phrygie, Galatie, Asie) et, à un moment donné des „Barbares" qui „ont été convaincus par ces prisonniers et gens pieux d'embrasser la religion à la place de la croyance païenne", comme l'écrivain bysantin l'avoue65. Parmis ces prisonniers se trouvaient aussi les ancetres d'Ulfilas, de nobles Cappadociens66.
Dans la deuxième partie du III-ème siècle67, comme suite aux invasions des Gothes de l'an 257, un prisonnier chrétien de Cappadoce, portant le nom Eutihie, dont Saint Basile le Grand, dans la lettre no. 164, disait „qu'il a jetté la semence de la religion et a apaisé les Barbares avec le pouvoir de l'Esprit et les fruits de sa Grâce"68, est venu et a déployé une activité soutenue dans la région de Buzău.
L'invasion des Gothes dans les provinces de l'Asie Mineure est évoquée aussi par l'historien Sozomenos. Il mentionne que ceux-ci ont assujetti „beaucoup de prêtres qui ont prêché ensuite la doctrine de Jésus-Christ"69.
De ce point de vue, les tentatives de quelques archéologues d'inclure parmi les matériaux chrétiens primaires plusieurs vaisseaux portant différentes marques appréciées comme types de croix, dans les sites des siècles II-III appartenant au Daces libres de Poiana Dulcești, Vlădiceni, Homiceni (départ. de Neamț), Bărboasa (départ. de Bacău), Poienești, Vădeni et Drăgești (départ. de Vaslui)70 ont des chances de réussite71.
Bien qu'il soit très difficile à apprécier l'ampleur que le christianisme a développé dans ces régions, néanmoins il a crée la tradition des liaisons entre cette diaspora et les régions originaires, qui ont eu des conséquences importantes pour l'ascension de la religion chrétienne dans l'espace extracarpatique par les rapports des les communautés, la mobilité des croyants, le cycle liturgique, etc. On peut y ajouter l'acte de martyrage du saint Sava le Gothe relativement auquel sont évoqué deux prêtres chrétiens: Sansalas et Guthicas72 à la moitié du IV-ème siècle, les lettres du saint Basile le Grand73 et les informations d'Acta Sanctorum sur les martyrs de „Gothia"74.
CONCLUSIONS
Les éléments de facture chrétienne ou portant les empreintes de la religion chrétienne apparaissent, en général, dans les régions integrées pendant les siècles I-II entre les limites de l'État Roman. Cet aspect correspond à la situation générale des territoires européens de l'Empire, car, excepté les régions qui se trouvaient à la proximité du limes oriental (status part, Osrhoene, Adiabene, Arménie, Georgia, la Péninsule Arabique) où le christianisme s'est installé, parfois très profondément jusqu'au commencement du IV-ème siècle75, dans les autres régions situées autour des frontières romanes, la nouvelle religion a commencé se développer seulement après l'an 313.
Les objets paléochrétiens des territoires dont nous nous sommes occupés ne sont pas très nombreux et ils appartiennent, en général à l'art mineur. Les plus nombreux datent du III-ème siècle, en particulier dans sa deuxième partie ou à la fin de celui-ci et au commencement du siècle suivant. Cette situation reflète, comme partout sur le territoire de l'Empire, le statut précaire et illicite du christianisme à l'époque du Principauté, le caractère nonélaboré de la doctrine et du symbolisme, les persécutions, la position marginale de ses adeptes dans l'ensemble social. „Lorsqu'il n'a pas la chance, comme à Rome, de découvrire des cimitières du III-ème siècle - écrivait Paul Albert Février - , l'historien en est très incommodé, car les signes indubitables du christianisme apparaissent tardivement...76"
Le nombre des objets chrétiens n'est pas un indice du nombre des adeptes du christianisme dans une province. Dans certains territoires, les communautés ont atteint un dévéloppement important. Plinius le Jeune n'hésitait pas d'atirer l'attention à Traianus que dans la province Bythinia le nombre des chrétiens était „grands" - beaucoup de gens, de tous les âges, de toutes les catégories, des hommes, des femmes„ et la nouvelle "superstition„ s'était répandue "non seulement dans les villes mais aussi dans les villages et dans les territoires„77. Eusebiu de Caesarea écrivait, de même, que pendant le II-ème siècle l'Église éblouissait "dans toutes les localités„, elle "évoluait en permanence et elle se consolidait pardessus de tout le peuple hellénique et des Barbares"78.
Malgré cette ascension, les spécialistes en archéologie chrétienne ont remarqué le fait qu'à l'époque préconstantinienne „les chrétiens n'ont pas laissé de traces importantes. Leur vie religieuse ne se distinguait pas de la vie païenne par des traits très prononcés; elle évoluait en marge de la population païenne"79 Cette remarque, partagée par l'historiographie roumaine80, correspond à une réalité que la littérature chrétienne consigne tel quel: „Les chrétiens - n.n. logent dans des villes grecques et barbares / autres que celles grecques - n.n. - mentionnait l'Épitre vers Diognet (composée environ l'an 200), vu le destin de chacun d'entre eux; ils poursuivent les coutumes des indigènes en ce qui concerne les vêtements et la nurriture et le mode de vie, mais ils font preuve d'une manière de vivre admirable et reconnue par tous comme exceptionnelle. Ils habitent les pays où ils sont nés, mais comme étrangers, ils prennent part à tout comme citoyens, mais ils endurent tout comme des étrangers . . . "81
Le nombre des objets chrétiens préconstantiniens de Dacia est petit, par conséquent on ne peut pas parler d'une généralisation de la nouvelle foi à l'époque discutée. Cependant, l'existence de quelques monuments portant des signes chrétiens du III-ème siècle, représente un argument indubitable pour le fait qu'à cette époque-là, en Dacia romane il y avait non seulement des chrétiens isolés, mais aussi des noyaux de croyants82.
Pendant la domination romane dans l'espace roumaine, la communauté était le mode d'existence des membres de la nouvelle religion. La cohésion entre les groupes chrétiens était consolidée par les menaces auquelles ils étaient soumis par les autorités, par la marginalisation sociale et par le caractère collectif du culte chrétien qui les réunissait dans l'accomplissement des services liturgiques fondamentaux - le baptême et l'eucharistie83. Les matériaux de facture chrétienne ou portant des signes chrétiens, tels qu'on a pu observer, proviennent des sièges des unités militaires et des villes (Apulum, Napoca, Potaïssa, Romula, Dierna) et moins des agglomérations rurales (Orlea, Gornea).
La plupart de découvertes se situent dans des localités disposées sur certaines voies de communication et routes commerciales, centres militaires et agglomérations urbaines. Il est difficile de préciser qui ont été ceux qui avaient employé ces objets. Les chercheurs ont avancé de diverses oppinions: les colons, en particulier ceux d'Egypte, Syrie, Cappadocia, mais aussi du sud roman, des soldats venus de l'Orient, des esclaves, des commerçants estiques, „les Daco-Romans et les Grecs des ports maritimes", des prisonniers84. Aucune de ces voies ne peut être exclue. En Dacia, orientée au point de vue économique, culturel et linguistique vers l'Occident roman, à la pénétration de la religion chrétienne ont contribué les colons orientaux85, les commerçants levantins très nombreux86, les unités auxiliaires de l'Est stationnées de temps en temps87, le dévéloppement urbain particulier, notamment l'époque des Sévères, qui a attiré une population hétérogène, en partageant des croyances différentes. À l'est des Carpates, le rôle important à la propagation du christianisme l'ont eu les prisonniers.
La persévérence dans l'idée de ramasser et d'analyser le plus grand nombre des découvertes concernant le paléochristianisme est utile et nécessaire même pour éclaircir ce problème controversé. Certes, la multitude des vestiges chrétiens des siècles IV - VI sur le territoire de l'ex-province romane ne peut être expliquée d'une manière satisfaisante sans admettre l'existence de quelques communautés chrétiennes assez nombreuses aux siècles II-III.
Certes, en même temps avec la retraite de l'appareil administratif et militaire au sud du Danube, le nombre des Daco-Romans nord-danubiens a diminué considérablement, mais parmi ceux qui ont préféré de rester dans les régions natales peuvent être inclus premièrement les chrétiens, qui, de cette façon n'étaient plus soumis aux persécutions, en pouvant pratiquer tranquillement le culte auquel ils avaient adhéré.