«Celui qui aime Dieu ne peut aimer tout homme comme soi-même »1
I. L’amour, la plus grande des toutes
La plus accomplie des vertus théologiques est l’amour, parce qu’elle réalise, de point de vue psychologique et moral, le plus fort et le plus intime lien avec Dieu : « Et puis, par-dessus tout, la charité, en laquelle se noue la perfection »2. La foi et la croyance deviennent des vertus accomplis seulement au moment où elles sont pénétrées et insufflées par l’amour.
L’amour est rencontré partout dans la vie de l’homme, quoique, la plupart des fois, il soit détruit, déchiré et limité, en prenant même des facettes méconnaissables.
De point de vue théologique, l’amour est le but et la fin des efforts du chrétien, de même que le dernier but de la vie morale.
La morale chrétienne considère l’amour comme la plus haute des vertus, en concordance avec son essence : « Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est Amour »3. Même si par la foi on devient chrétiens, c’est seulement par l’amour qu’on manifeste vraiment notre chrétienté ; voilà pourquoi le Saint Apôtre Pavel parle de la croyance qui travaille par l’amour : « En effet, dans le Christ Jésus ni circoncision ni incirconcision ne comptent, mais seulement la foi opérant par la charité »4.
Le plus merveilleux hymne adressé à l’amour appartient au Saint Apôtre Pavel : « Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je ne suis plus qu’airain qui sonne ou cymbale qui retentit. Quand j’aurais le don de prophétie et que je connaîtrais tous les mystères et toute la science, quand j’aurais la plénitude de la foi, une foi à transporter des montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien. Quand je distribuerais tous mes biens en aumônes, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien. La charité est longanime; la charité est serviable; elle n’est pas envieuse; la charité ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas; elle ne fait rien d’inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas, ne tient pas compte du mal; elle ne se réjouit pas de l’injustice, mais elle met sa joie dans la vérité. Elle excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout. La charité ne passe jamais. Les prophéties ? elles disparaîtront. Les langues ? elles se tairont. La science ? elle disparaîtra » 5. En s’inspirant de ce texte, Marin Preda a achevé un de ses textes avec les mots: « S’il n’y a pas d’amour, il n’y a rien »6.
L’amour est une caractéristique essentielle, qui unit les gens dans une communion profonde et dans une unité parfaite.
Cette unité, par le don, ne signifie pas la perte des personnes, leur mélange, mais au contraire, leur enrichissement avec des nouveaux dons, elle est union en dualité, selon les dires de Sergiu Bulgakov7. Par l’amour, les personnes se développent, reçoivent tout le temps de nouveaux dons, en régalant à leur tour tout ce qu’ils ont de meilleur, sans que ce don signifie une dissolution, mais, au contraire, un développement progressif. Tous les hommes se forment comme personnes par l’intermédiaire de l’amour. Max Scheller montre que la caractéristique essentielle de l’amour est d’ordre axiologique8. Ainsi, l’amour part de la tendance vers la communion basé sur la valeur que existe en chaque personne. L’amour exclue l’égoïsme, l’amour excessif envers soi-même, qui est clôture en soi, en menant à la destruction des personnes.
Le métropolite Nicolae Mladin nous montre le fait que «l’amour est une réalité profondément humaine et d’une si grande complexité que certains renoncent à cette définition, en considérant les mots comme inutiles et impuissants. L’amour ne peut pas se définir. Il est aussi mystérieux que la vie même. D’où la grande diversité d’aspects presque contradictoires de l’amour. Car le mot « amour » est le plus fluide, le plus complexe, le plus vague et le plus varié comme sens de tous les mots. Il comprend ciel et terre, âme et corps, innocence et passion, nostalgie et instinct. Pour quelques uns, il est seulement instinct, même s’il est habillé dans le voile trompeur d’une identité pure ; pour des autres, il est une force spirituelle qui confond les âmes et les unit à Dieu. Pour quelques uns, il est un pouvoir démoniaque par lequel on exerce une mystérieuse fascination sur l’homme afin de le transformer dans un instrument aveugle de l’espèce, pour des autres il est un rayon de paradis, qui descend du cœur même de Dieu pour élever notre vie à la plénitude. Des concepts opposés, sous le couvercle fragile du même mot. En dépit de tout cela, les sens ne sont que des formes variées des mêmes impulsions originaires, qui est leur source profonde »9.
A la base de la matière se trouve l’esprit, et à la base de l’esprit se trouve l’amour, parce que « la substance qui soutient toute la vie est l’amour, la plus haute des vertus qui reste au-delà de cette vie qui passe sous l’ordre de Dieu. L’autre monde, de même que notre monde, se soutient par la grande et l’irrésistible pouvoir de l’amour »10.
Le christianisme ne poursuit autre chose que la formation réelle de l’homme par l’amour. Dieu est amour et Il appelle l’homme à la communion avec Soi par l’amour et par Soi avec ses semblables et avec l’entière création.
Par l’amour, l’homme s’unit plus profondément avec Dieu, en assumant ses vertus ou en se rendant comte de ses valeurs, en pouvant acquérir, à mesure qu’il renonce à ses passions, la communion complète avec Dieu, durant cette vie même, ou la forme d’amour où l’homme est uni pleinement avec Dieu, selon les mots du saint Apôtre Paul : « à partir de ce moment, ce n’est plus moi qui vit, mais c’est Christ qui vit en moi ».
« Si je n’aime pas d’autres personnes et que je ne suis pas aimé par elles, je m’écarte de la vie et je m’ennuis de moi-même jusqu’à ce que je ne puisse plus le supporter. Quelques uns mêmes arrivent au suicide pour cette cause. Mais l’homme une fois qu’il a reçu son existence de Dieu, il ne peut détruire que sa forme terrestre. Mais Dieu ne la lui prend pas, du moment qu’il la lui a donnée. L’homme reste donc pour toujours ennuyé et tourmenté par lui-même, s’il ne s’est pas habitué à aimer et n’a pas été digne d’être aimé tant qu’il a été sur terre »11.
« L’amour chrétien représente la qualité essentielle de la personne humaine comme intentionnalité vers la communion et aspiration vers des valeurs, de partager l’amour de Dieu, comme travail de Saint Esprit, vers un accomplissement incessant dans la communion de l’amour de Dieu »12.
II. Qui est le proche?
Toutes les religions et les philosophies orientales, de même que celle gréco-romaines ont connu l’amour, tant que disposition émotive, tant que facteur de connaissance ou acte intentionnel. De même, sur l’amour on parle aussi dans le Vieux Testament, trouvant son lieu aussi dans les conceptions philosophiques et sociales de l’époque moderne et contemporaine. Ce fait est explicable, puisque personne ne peut nier l’existence d’une inclination naturelle, qui mène les êtres les uns envers les autres.
L’homme ne peut pas faire abstraction de ce qui se trouve autour de lui. « Son proche est la sphère immanente où l’action humaine s’insère et produit des effets »13.
Si l’on commence avec l’Antiquité, on voit que la notion du proche a un sens limité seulement aux concitoyens ou aux amis. Les étrangers étaient considérés comme des barbares, et l’esclave avait un destin même plus humble. L’homme du monde ancien était dominé généralement par un concept étroit et rigide, qui le faisait attribuer aux membres des autres peuples la qualité d’homme complète. Cette limitation s’explique par l’inexistence dans leur conception d’une idée de Dieu.
Si dans la période de L’Ancien Testament apparaît la notion de « frère » pour tous ceux qui adoraient un seul Dieu, mais seulement les gens du même pays étaient considérés frère, dans l’époque du Sauveur l’amour vers le proche acquiert une nouvelle dimension, parce que l’homme est le père non seulement d’un seul peuple, mais de tous.
Le Sauveur rejette le particularisme qui domine la conception sur le proche. Il augmente la sphère de ce concept jusqu’à ce qu’elle y englobe tous les membres de la grande famille du peuple humain.
Le christianisme change cette situation. Il brise le cadre étroit du concept de semblable, en l’élargissant pratiquement pour tous les hommes, sans différence de peuple, langue, croyance ou état social.
Demandé par un enseignant de la loi : qui peut être considéré son proche, le Sauveur lui répond par l’intermédiaire d’une parabole du samaritain charitable14. Mais non seulement par la parabole du samaritain charitable, mais par son entière vie, le Sauveur nous montre, directement ou indirectement, que tout homme est notre proche. Ainsi, Jésus Christ ne faisait des miracles seulement sur ceux de son peuple, mais aussi, sur les étrangers. Il guérissait non seulement les malades, les lépreux, les aveugles des Hébreux, mais aussi le servant du centurion romain etc.
Jésus Christ proclame une fraternité universelle, ainsi tout homme est notre proche.
Certainement, c’est un devoir d’aimer celui qui nous aime, on doit embrasser avec amour nos frères, nos parents, nos amis et nos connaissances. Mais un bon chrétien ne peut pas se limiter à cela. S’il limitait son amour seulement aux parents et aux amis, il cesserait d’être chrétien.
Aussi, Le Sauveur nous dit que les vrais adeptes de Sa doctrine pourront être reconnus parmi les autres gens, par l’accomplissement de son ordre de l’amour envers le proche. « A ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples: si vous avez de l’amour les uns pour les autres »15.
III. L’amour envers le proche
« Tous les souhaits et les conseils, tous les ordres évangéliques visent l’amour »16, une estime du croyant envers l’être humaine, c’est-à-dire une reconnaissance de la dignité que chacun d’entre nous a comme personne venant de Dieu et avant Dieu.
L’estime envers le proche se base sur les mêmes raisons que l’estime envers soi-même. Le fait qu’elle est un devoir se dégage de façon évidente des textes de la Sainte Ecriture : « que l’amour fraternel vous lie d’affection entre vous, chacun regardant les autres comme plus méritants »17 ou « honorez tout le monde, aimez vos frères, craignez Dieu, honorez le roi »18.
Le christianisme reçoit et accomplit ce fondement, en demandant qu’on aime le proche pour le fait aussi qu’on est tous appelé à la même communauté de vie éternelle et heureuse avec Dieu, parce que « celui qui aime Dieu ne peut pas ne pas aimer tout homme comme s’il aimait soi-même ».
L’amour chrétien ne s’épuise pas dans l’amour pour Dieu. Elle comprend aussi, comme par constitutif, l’amour du proche.
L’amour pour Dieu et l’amour du proche sont deux ordres si étroitement liés l’un d’autre, que l’accomplissement de l’un ne peut être satisfait que par l’accomplissement de l’autre.
En plus, celui qui s’efforce d’accomplir l’ordre de l’amour pour Dieu n’est pas sur le bon chemin que si au même temps il ne s’efforce pas d’accomplir l’ordre de l’amour pour le proche.
L’amour chrétien envers le proche est lié en être à l’amour envers Dieu. L’amour envers Dieu signifie recevoir et répondre : c’est recevoir l’amour que Dieu nous montre est c’est répondre par prendre une attitude d’amour envers Lui.
La cible de l’amour envers le semblable est donc de l’arracher de sa solitude, du charme de ses obsessions. Sans notre amour, le semblable reste fermé dans sa solitude égoïste, dans sa tristesse et son inquiétude, en risquant ainsi d’être perdu pour toujours. Chacun d’entre nous est, dans une certaine manière, le sauveur de son semblable.
Les résultats de l’amour envers le proche sont montrés par le Saint Apôtre Pavel: la patience, la bonté, la tolérance, la douceur, la pitié, la reconnaissance, l’honneur et la justice. Celui qui a dans son âme ces fruits ne peut vivre avec son proche qu’en paix et harmonie, ainsi la haine entre lui et son proche serait tout à fait impossible.
« En pratiquant un tel amour envers ses proches, l’Église chrétienne a crée les oeuvres de charité, qu’on n’avait jamais rencontré dans le monde, en montrant que la charité, ayant ses origines dans l’amour envers Jésus Christ, a crée des âmes généreuses qui ont sauvé la vie physique et morale de ceux souffrants et malheureux, condamnés à perdition »19.
IV. Comment peux-je aimer mon ennemi ?
Autrement dit, comment peut-on éveiller l’amour dans mon ennemi ? Vers cette chose s’ouvre le sens de l’ordre de Jésus Christ « Aimer vos ennemis ! ». L’homme a été crée selon le ressemblance de Dieu et pour une ressemblance infinie avec Lui. Or, Dieu est amour. C’est pour cela que le visage de Dieu vu dans l’homme dépasse ce qui nous enseigne la théologie dogmatique – liberté et conscience. Plus encore, le visage du Dieu dans l’homme est amour.
Dans la mesure où on répond à la méchanceté de notre ennemi avec méchanceté, alors on sort de notre définition, on trahit notre identité et ce qui est plus grave encore, on nous laisse contaminés par la méchanceté de notre ennemi, on devient ses esclaves. Ainsi, on est coupable aussi devant dieu, parce que, au lieu de contribuer à l’extinction du feu démoniaque de la haine, on prolonge l’agonie spirituelle. Au contraire, si à la méchanceté de l’ennemi on répond avec amour, alors on garde notre identité.
Si l’on refuse d’accorder à notre semblable notre amour, on empêche l’accomplissement de la loi de la communion, non seulement entre nous et lui, mais aussi entre nous et Dieu. De plus, en évitant la communion avec celui à côté de nous, on nous condamne à une vie qui perd son contenu vivant.
Si « l’homme ne peut se sauver que par l’amour »20, l’accomplissement des mots du Sauveur « aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent et priez pour ceux qui vous chassent, afin d’être les fils de votre Père des Cieux qui fait lever le soleil au dessus des méchants de même qu’au dessus des bons, qui fait pleuvoir au dessus des justes de même qu’au dessus des injustes »21, démontre qu’on mérite l’amour de Dieu et qu’on va arriver au paradis.
Il est vrai que dans le Vieux Testament prévoyait la loi du talion qui disait « yeux pour yeux et dent pour dent »ou la loi de la « vengeance » du meurtre qualifié. Mais dans le Vieux Testament on rencontre aussi des exemples d’amour envers l’ennemi personnel:
- Joseph arrivé en Egypte reçoit ses frères qui par haine l’avaient vendu.
- Moise prie pour le peuple qui murmurait envers lui, en désirant qu’il soit effacé du livre de la vie, à condition que son peuple soit sauvé etcetera.
Si le proche était le co-national, l’ennemi était l’étranger.
D'un autre côté le Sauveur arrête la haine envers l’ennemi et ordre l’obéissance avec patience des souffrances. « Eh bien! Moi je vous dis: Quiconque se fâche contre son frère en répondra au tribunal; mais s’il dit à son frère: Crétin!, il en répondra au Sanhédrin; et s’il lui dit: Renégat !, il en répondra dans la géhenne de feu »22.
Dieu le père « car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle »23, offre un sacrifice de rémission de son fils. Pour chaque pêcheur du monde – il aimera l’étranger aussi.
La pratique de l’amour chrétien envers l’ennemi est une façon adéquate pour détruire la passion de l’âme, la soif de vengeance...
« Le pouvoir de pardon que l’amour demande représente une des valences humaines. Le fait que tous les hommes ne sont pas des hommes est vrai. Mais la plupart le sont et son nombre s’accroît et, bien sur, il est bon qu’il s’accroisse. Se protéger de l’ennemi et le rendre inoffensif est un devoir. Se venger signifie se baisser au niveau de l’ennemi. Pour que la succession des vengeances cesse, quelqu’un doit avoir la générosité du pardon et de l’oubli »24.
Rezumat
Studiul evidențiază însemnătatea iubirii aproapelui, fiind esențială pentru om atât în viața de zi cu zi, cât și în urcușul duhovnicesc spre asemănarea cu Dumnezeu.
În antichitatea precreștină domina concepția aristotelică, conform căreia, spre deosebire de omul liber, sclavul nu era considerat om, ci simplă unealtă însuflețită. Această limitare foarte îngustă față de semen a fost cauzată și de politeism.
Pentru greci, aproapele era prietenul sau concetățianul. Toți ceilalți erau barbari.
Mântuitorul schimbă aceste valori, aducând o învățătură nouă privind iubirea față de aproapele. La baza ei stă concepția potrivit căreia Dumnezeu este Părinte tuturor popoarelor fără nici o deosebire. Mai mult, Iisus Hristos ne îndeamnă să ne iubim vrăjmașii. Virtutea supremă constând în răsplătirea răului cu bine.
Așadar, prin iubire, omul se unește tot mai profund cu Dumnezeu, impropriindu-și virtuțile sau realizând valorile, putând ajunge, pe măsura curățirii de patimi, până la comuniunea deplină cu Dumnezeu încă în această viață, sau la iubirea, în care omul este unit deplin cu Dumnezeu, după cuvântul Sfântului Apostol Pavel „de acum nu mai trăiesc eu ci Hristos trăiește în mine”.