TheologosAnalele Universității de Vest din Timișoara · Seria Teologie

Numărul 10 / 2004

Gnose chretienne et spiritualite


L’histoire des recherches scientifiques sur la gnose est un chapitre spécial de l’histoire des religions, qui, tout en se déroulant le long des quatre siècles, a connu des évolutions contradictoires, des redéfinitions spectaculaires de son objet d’étude, des découvertes inattendues, des hypothèses jamais pleimement démontrées de la genèse de celle-ci, qui ont confirmé ou ont infirmé ces hypothèses, sans en offrir un verdict définitive.

Le gnosticisme, en toutes ses variantes, a été et continue à être une provocation pour les chercheurs. C’est là le secret de sa fascination. L’impossibilitè d’une définition satisfaisante au phénomene gnostique est devenu évidente surtout pour les chercheurs du XX-e siècle, à la suite du progrès dans ce domaine et de la mise en évidence de la complexité speciale des phénomènes liés à ce terme générique. La difficulté de définir le terme “gnose” vient de la variété et de l’hétérogénéité extremement grandes des manifestations et des phenomènes que l’histoire des réligions a mis sous l’étiquette de gnose et de gnosticisme.

Dans le Dictionnaire de théologie orthodoxe, le gnosticisme est défini comme étant un systéme philosofique, religieux, avec une doctrine syncrétiste composée d’éléments pris à des religions des mystères très populaires en Inde, en Bolivie, en Perse, des mythes de la philosophie grecque associés à des idées chrétiennes, et qui a promis la rédemption par la connaissance, le mot gnosticisme derivant du mot grec nomos, qui signifie connaissance (secrète), initiation. “1

Les origines du gnosticisme sont, sans aucune doute, préchrétiennes, et à leur base on trouve plusieurs courants philosophiques et religieux.

Seul, le syncretisme religieux du monde hellénistique pàien ne peut pas expliquer d’une manière satisfaisante l’origine du gnosticisme, mais une chose est certe; qu’il a constitué un milieu propice à l’apparition de ce phénomène. D’autre part le culte des religions des mystères s’est déroulé d’une telle manière qu’il a contribué à l’apparition du gnosticisme: l’orphisme et le neopythagorisme donnaient par leurs spéculations religieuses et par l’utilisation fréquente des allègories, un nouvel aspect à la philosophie en laissant de l’espace libre pour de nouvelles pensées religieuses et philosophiques; les mystères orientaux, specialement ceux de Isis et de Mithra, dans la mesure ou leurs pratiques s’identifiaient à la théosophie, avaient offert un terrain propice à l’apparition du gnosticisme. Mais il est difficile de préciser exactement les origines de la pensée gnostique2, pourtant elle peut être liée aux origines syncrétistes de provenance orientale.3

A l’intérieur du courant gnostique on peut distinguer plusieurs tendances d’orientation spéculative, les plus évidentes étant une tendance populaire, étroitement liée à l’astrologie et à la magie et une autre tendance plus philosophique qui cherche à donner par des speculations un fondement à la connaissance de la redemption.

Quand, aux confins de l’Empire Romain, le christianisme est apparu, deux directions préoccupaient les esprits: la direction religieuse que la mythologie officielle ne satisfaisait pas honorablement et qui, par conséquant, s’orientait avec passion vers les cultes orientaux et puis la direction philosophique toutes les deux étant facilites par l’extension de la langue grecque dans des espaces toujours plus étendus de l’empire ce qui facilitait l’accès à beaucoup d’oeuvres et idees philosophique et à des pensées religieuses.

A ces deux directions on ajoutait le monotheisme judaique et les idées chrétiennes, ces dernières étant accomodées par les rebels du temps aux coutumes et à la manière de penser selon le goût de l’époque. Tous ces éléments peuvent constituer le fondement des origines des systemes gnostiques.4

La doctrine gnostique a, comme extrêmes, deux conceptions generales : l’idée d’un Dieu très eloigné et inaccesible; et l’idée de la matière conçue comme étant mauvaise en soi, pénétrée par une multitude de mauvaises émanations issues de la divinité.

En gnosticisme, Dieu est conçu comme étant un immense pouvoir, capable de se déveloper et de s’ouvrir toujours par des émanations succesives qui sont aussi ses manifestations. Ces émanations partent succesivement de la divinité suprême et se développent l’un de l’autre, chaque émanation étant un peu inférieure à celle de laquelle elle provient jusqu’à ce que, finalement , les dernières de ces émanations ou „éons”, comme on les appelle5, aient crée le monde.

La série complète des éons forme le „pliroma” divin.

Au fur et à mesure que les éons s’eloignent de Dieu, ils deviennent moins parfaits. Liée à cette dégradation progressive – afirment les gnostiques – à l’intérieur de la série des émanations il s’est produit aussi une déviation. Un éon rebel devie et alors il est exclus du pliroma divin. Jeté dans le monde intermiédiaire, il le popule d’une nouvelle serie de éons inférieurs à la série précédente. A la fin, il crée le monde matériel et l’homme. Mais l’homme n’est pas entièrement méchant selon la conception gnostique. Un éon supérieur a défait du monde supersensible une étincelle divine du Pliroma, qui est l’âme, en la déposant dans la matière ou elle reste prisonnière et persecutée. L’âme humaine ne peut pas s’échapper de cette étreinte par ses propres forces. C’est pourquoi, un Dieu – homme vient libérer l’âme de cette prison, en lui offrant le moyen nécessaire.6

La conception sur la matière, comme siège du mal, a mené les gnostiques à la mépriser totalement. Si l’homme veut obtenir la rédemption il doit renoncer au monde matériel et rechercher le monde invisible (surnaturel). Cette conception a donné, naissance à deux conclusions: l’une qui proumouvait un ascetisme, un rigorisme excessif et demandait un strict contrôle du corps qui est matériel et donc mauvais et une autre conclusion qui mettait l’accent sur l’esprit „seul considéré comme réel et l’unique qui allait survivre. Si le corps est passager, ses forces manquent d’importance et sont sans effet sur la redemption dernière de l’âme.

De cette perspective il n’existe plus de vices ou de vertus, et donc l’idolâtrie, la magie, la téurgie étaient pratiquées comme des faits indifférents et le corps se consumait dans tous les vices possibles. En plus, la rédemption depend du fait de la transposition, sur le terrain religeux, de la differentiation des gens en classes closes ou castes.

A la place de la liberté et de l’égalité universelles du christianisme, le gnosticisme introduisait dans le monde des castes religieuses qui défiaient les plus justes intérêts de la société, elle-même.

Les gnostiques partageaient les gens en trois catégories. Tout d’abord il y avait les spirituels. Ceux-ci sont les gnostiques mémes, supérieurs et heureux par leur science et leur initiation aux mysteres; ils se sauvaient tout seuls et d’une manière sûre. Il y avait les psychiques ou s’incadraient aussi les chrétiens qui pouvaient se sauver ou non par la gnose. Il y avait d’autres les illiques qui etaient considérés irremédiablement perdus.

En ce qui concerne le Sauveur, le gnosticisme affirmait que, la Parole Sauveur n’est pas identique a Dieu – le Créateur, mais c’est une émanation spirituelle qui est passée par la Saint Vierge comme l’eau passe par la tuyau, qui n’est pas morte physiquement et qui n’est pas ressuscitée.

La rédemption n’a pas été apportée par Jésus Christ, mais elle est un acte de connaissance révélée, nécessaire pour revenir dans l’harmonie du pliroma7.

Il paraît que cette hérésie niait la pleine divinité de Jésus Christ, en le considérant probablement l’une de ces émanation ou des manifestations de Dieu à l’extérieur.

Il est possible que le commandement : “ne prends pas, ne goûte pas, ne touche pas” (Col. 2, 21) de Saint Paul soit l’echo d’un début de l’ascetisme gnostique qu’il condamne avec toute véhémence.

Il est sur qu’une identifiquation absolue de ces errances au gnosticisme n’est pas possible, mais il existe des similitudes.

Sous ce nom de gnose on a place de tells phénomenes, des plus variés, et qui parfois n’avaient rien en commun. De cette maniere on a considéré comme gnostiques :

  • les gnoses chrétiennes plus ou moins christianisées
  • les gnoses paiennes extérieures au christianisme comme : le mazdéisme, l’hermétisme, les oracles chaldaiques etc.
  • les manichéisme et les sectes mediévales dualistes : le pricillianisme, le paulinisme etc.
  • les sciences occultes : la magie, l’astrologie, l’alchimie
  • les gnoses chrétiennes ortodoxes : Clément d’Alexandrie, Origène, Evagrie de Pont
  • Cabala et des différentes courants gnostiques du judaisme
  • des systèmes théosophiques ou ésoteriques apparus en Islam à l’Extrême Orient ou même dans l’Europe moderne8.

Le phénomène gnostique tel-quel semble ne pas avoir une identité clairement définie et cela pour deux raisons: premièrement à cause de sa nature syncrétique et deuxièmement à cause de l’ambiguite, de sa nature, situé à mi-chemin entre la philosophie et la religion. La gnose n’est pas tout-à-fait une philosophie parce qu’elle opère avec des mythes et entretient de diverses formes cultiques ce qui la place clairement dans la catégorie du phénomène religieux mais, en même temps, une importance particulière est accordée à la speculation intellectuelle, même si celle-ci se résout à la fin dans le registre mythologique.

L’oeuvre Introduction à la littérature gnostique9 est importante pour ce problème, et son auteur Michel Tardieu considère le terme ”gnose” comme étant un vrai piège à cause de son polysémantisme et du fait qu’il couvre des formes littéraires, philosophiques et religieuses très diverses d’aprés les époques ou il a été utilisé. M. Tardieu en trouve 8 sens divers, d’ou peuvent apparaitre toutes sortes de confusions et de contradictions. Chronologiquement parlant, le premier sens du gnosticisme, d’après M. Tardieu, est celui épistémologique qui appartient au vocabulaire de la philosophie grecque d’ou il sera hérité par les auteurs mediévaux et modernes dans le sens de “noétique” dans la théorie de la connaissance.

Le deuxième sens ou “le sens déterminé” se réfère au gnosticisme historique, non seulement antique des siècles I-IV10, mais aussi au gnosticisme médieval des siècles XI-XIII.

Le sens hérésiologique est utilisé à partir du II-e siècle par les Pères de l’Eglise, pour désigner de diverses hérésies qui n’étaient pas toujours gnostiques ; c’était une sorte de synonyme pour hérétique.

Le sens nommé “clémentin” par M. Tardieu pourrait être appelé aussi “patristique” parce que, quoi qu’il ait été employé pour la première fois pour définir la vraie doctrine chrétienne11 par Clément d’Alexandrie pour lequel la connaissance s’identifie à la gnose ecclésiastique et à la norme de l’Eglise, d’autres Pères de l’Eglise l’employeront aussi dans ce sens, particulièrement Maxim le Témoin.

La sens évagrien dérive du sens antérieur, donc avec la même acception patristique. Evagrie de Pont utilisera ce terme justement dans le titre d’un ouvrage important Le Gnostique ou Kephalaia Gnostika12. Pour lui, le vrai “gnostique” est le moine chrétien, qui par l’ascèse se purifie des passions de l’âme pour atteindre à la non passion, “apathéia”, qui lui confère ensuite gnostiké ou la contemplation de Dieu, comme amour et union avec Lui. De Evagrie jusqu’à Siméon le Nouveau Théologien (X-e siècle) et même après, toute la littérature spirituelle byzanthine utilisera le terme avec cette acception. Le sens ésotérique, ayant une origine hérésiologique, a connu une large circulation a partir de la Renaissance, étant le préféré des milieux francmaçons, théosophiques, alchimistes, astrologiques et de cette manière ce terme est utilisé jusqu’aujourd’hui par les ésoteristes et les adeptes de l’occultisme pour désigner toutes sortes de doctrines plus ou moins secretes, d’habitude d’un syncretisme sans rivages, le plus souvent n’ayant rien en commun avec le gnosticisme proprement – dit. Le sens syncrétique est en realité un synonyme pour le gnosticisme historique et on l’a utilisé tel-quel dans les oeuvres des historiens du XIX-e siècle qui faisaient partie de “Religionsgeschichte Schule”; ils voyaient dans le syncretisme l’essence du gnosticisme.

Les recherches mettent en évidence le fait que la gnose est une connaissance à part, apparemment intellectuelle et spéculative, en realité mythico-mystique. La gnose est un phénomène qui essaie d’adapter le christianisme à sa propre mentalité, en dehors de toute perspective historique.

Une constante de tous les systèmes gnostiques c’est leur antijudaïsme13.

Le gnosticisme est un phénomène à multiples facettes, il n’est pas une hérésie dans le sens ordinaire du terme. Il ne se limite pas au christianisme, donc son origine est probablement extrachrétienne. Plutôt c’est une certaine attitude de l’esprit qui peut être retrouvée dans les plus diverses manifestations de cet adversaire de l’Eglise, le plus vieux et probablement le dernier. C’est une attitude qui étonne par son arbitraire absolut.

“Car il viendra un temps ou les hommes ne supporterons pas la saine doctrine ; mais, ayant la démangeaison d’entendre des choses agréables, ils se donneront une foule de docteurs selon leurs propres désirs, détourneront l’oreille de la vérité, et se tourneront vers des fables14.”

Mais la doctrine saine est la parole des apôtres qui doit être gardée ; en échange, les contes profanes de vieilles femmes offrent une connaissance fausse, menteuse. Alors on confond la vérité de la saine doctrine et l’arbitraire des contes ou fables (mythoi – mythes).

Clément d’Alexandrie et Evagrie de Pont définissent la foi comme “un chose immanente qui se trouve d’une manière naturelle même en ceux qui ne croient pas a Dieu15”. La capacite de croyance existe et elle est commune à tous les hommes : “La piété est utile à tout: elle a la promesse de la vie présente et de celle qui est à venir”16.

La croyance est un consentement accordé à une promesse de Dieu, orientée vers le futur.

Dieu vivant est le Sauveur de tous les hommes, surtout des croyants.

“La foi est une ferme assurance des choses qu’on espère, une démonstration de celles qu’on ne voit pas. “17

De l’Epitre aux Hébreux, XI, il résulte que la connaissance est le fruit du chemin de la foi. Parce que de cette foi, de cette croyance en Dieu qui existe dans le cours de la vie croit l’amitié avec Dieu et l’amitié c’est connaissance. Ici; le modèle est Abraham, le père de la foi et le père de tous ceux qui croient : “La foi sans les œuvres est inutile. Abraham, notre père, ne fut-il pas justifie par les œuvres, lorsqu’il offrit son fils Isaac sur l’autel ?

Tu vois que la foi agissait avec ses œuvres. Abraham crut à Dieu et il fut appelé ami de Dieu.18

Pour Evagrie de Pont, la foi est le commencement de l’amour et sa fin est la connaissance de Dieu. „L’amour“ (agapé) renferme tout ce que la foi contient comme reponse au conseil de Dieu. Parce que l’amour est la fin de l’œuvre, c’est le rameau de la non passion. La, où les passions dominent, elles aveuglent l’esprit. Là, il n’y a pas l’amour chrétien, ni connaissance. A juste titre, Evagrie considère l’amour “ la porte de la connaissance naturelle” de Dieu.

Pour Evagrie, la connaissance n’existe pas en dehors de la foi , de la véritable foi en Sainte Trinité. Même les heritiques peuvent avoir des enseignements lies a la croyance, pourtant leurs paroles ne renferment pas de sagesse, ni la vraie lumière de la connaissance. Donc il y a une opposition irréconciliable entre la gnose et le gnosticisme. Pour Evagrie, la connaissance est le but des “chemins” ouverts par la foi. Ces voies sont les vertus qui réalisent une ressemblance entre la créature et son Créateur. C’est la condition préliminaire de n’importe quelle connaissance, dit un vieil axiome philosophique. Celle idée est présente dans le conseil : “Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait. “19

L’amour de Dieu envers nous se découvre sur les chemins de Dieu qui sont accessibles seulement a ceux qui ont reçu l’amour doux de Dieu. Les scélérats n’ont pas trouve les voies divines. Celles-ci sont parcourus par ceux qui mettent en œuvre la justice.

L’amour est le principe même de la création. La contemplation des choses créées c’est connaître l’amour impénétrable du Père auquel nous devons tout. Cet amour est devenu présence personnelle par Jésus-Christ “notre amour” qui a dit : “Je suis la voie ”.Beaucoup de chemins même au seul chemin. Ces chemins multiples sont mènent a “la connaissance de Jésus-Christ, notion- clé pour la doctrine évagrienne , parce que celle-ci mène vers “ la connaissance de Dieu.” Pour une connaissance personnelle de Dieu il est nécessaire un acte personnel de Dieu.20

De l’Epître aux Hébreux, XI , il résulte que la connaissance est le fruit de ce chemin de la foi :”Or , la foi est une ferme assurance des choses qu’on espère, une démonstration de celles qu’on ne voit pas”. “C’est par la foi que nous reconnaissons que l’Univers a été forme par la Parole de Dieu.

Dans le gnosticisme de toutes les nuances, la connaissance elle-même devient une voie de salut de l’homme qui cherche mais qui pourtant s’imagine qu’il n’a pas besoin de foi. Il considère l’ignorance comme étant la cause de son malheur. Il cherche à la dépasser par soi-même, en cherchant “la vérité éternelle”. Celui-ci est le fondement de l’existence même qui coïncide avec le fondement de sa propre existence. Le grand “éveil” vers qui aspire le gnosticisme est un éveil pour soi-même, vers une connaissance qui ne dépasse pas le soi. Une telle fermeture en soi ne peut jamais justifier l’existence de l’homme qui ne cherche rien d’autre que soi-même. La vraie sagesse et la connaissance vraie sont le fruit de la relation intime, voire de l’amitié entre homme et Dieu. Elle est de l’amitié entre homme et Dieu. Elle est réservée a ceux qui, libérés de leur passions égoistes, voient le resplendissement de leur esprit pendant la prière, au moment de la rencontre directe, suprême entre le Créateur et sa créature.

Le vrai gnostique s’avère être un vrai mystique, celui qui, à sa rencontre avec la heureuse lumière de la Sainte Trinité, se rend compte de sa propre lumière, de son existence qui a comme seule source Dieu. La gnose et le gnosticisme ont tous les deux avec les mystères de l’existence crée, autrement elles sont fondamentalement différentes en ce qui concerne les problèmes et leurs réponses.

Le gnosticisme a comme point de départ un sentiment général de l’homme qui est aliené dans un monde énigmatique parce que ce courant n’est point lié à l’histoire concrète de la rédemption .

“J’ai été qui, et qui est-ce que je suis devenu ? Où est-ce que j’ai été et où est-ce que j’ai été jeté ? Où nous dépêchons-nous, par qui sommes-nous libérés ? Qu’est-ce que la naissance ? Qu’est-ce que la renaissance ?21

À ces questions fondamentales concentrées indiscutablement sur l’homme, le gnosticisme promet de donner une réponse. Son “mystère” est le message sur la libération du soi de l’homme, qui est divin par sa nature. Sa voie rédemptrice est la connaissance de la trame des facteurs qui conditionnent notre existence actuelle. La rédemption est une libération de ce jet dans le monde auquel nous devons notre existence.

Au contraire, la gnose chrétienne reçoit ses questions de l’histoire de la rédemption, de l’œuvre rédemptrice de Dieu en sa création. Toutes ces questions viennent de la Sainte Ecriture, qui nous a enseigné les commandements et la vraie doctrine.22

L’accomplissement des commandements et la vraie foi, qui respecte les vérités fondamentales de la Révélation divine, mènent graduellement vers cette connaissance intuitive surrationnelle nommée gnose par Evagrie et qui est accordé seulement à ceux qui l’ont méritée. Pour Evagrie, l’ascèse est une étape vers la perfection et elle comprend une échelle de vertus qui commence par la croyance à Dieu. Puis il suit la crainte de Dieu, la respect des commandements, l’abstinence, la prudence, la patience et l’espoir.

L’apogée de la vie active est apatheia , la non passion ou plutôt l’état où l’on n’est plus troublé par les passions. Le fruit de la non passion est l’amour qui est la couronne de l’ascèse. On se souvient que pour Origène l’amour était la porte de la gnose. Evagrie dit qu’il n’existe qu’un seul amour et c’est l’amour pour la vraie connaissance. L’amour est un état qui comble l’âme rationnelle et ainsi on ne peut plus rien aimer de ce monde que la connaissance de Dieu. Mais avant de parvenir à la contemplation de Dieu, c’est-à-dire à la gnose spirituelle, il faut que notre esprit s’exerce à la connaissance en Dieu en sa création, dans la gnose ou theoria physique des natures sensibles et intelligibles. Celle-ci est une salle de gymnastique de l’intellect où, libéré des passions par praktiké , il s’entraîne dans la contemplation avant de voir Dieu. Evagrie parle de Royaume des cieux .

La contemplation de la Sainte Trinité est pour Evagrie le commencement de la gnose : celle-ci est la théologia . Origène utilisait la même expression pour designer ce degré suprême de la perfection.

Il y a aussi la prière. Pour Evagrie la théologie, gnose de la Sainte Trinité et la prière sont synonymes. La purification commence par praktike, ou l’ascète vainc ses passions par ses vertus, doit aboutir à la gnose. La vertu signifie résister à la passion. Le gnostique doit suivre cette purification, en se libérant des images par la connaissance spirituelle. Au degré suprême il sera libéré par la prière. Alors l’intellect devient simple “vide”. Même les pensées pures doivent être éloignées de l’esprit et cette ultime perfection est un don de Dieu. En cet état, pendant la prière, la lumière de la Trinité éclate dans l’esprit de l’homme purifie. C’est l’état sublime des natures intelligibles où elles deviennent comparables. Au Ciel haigné par la lumière de la Trinité.

La prière peut être comparée à la vue qui est la méilleure de tous les sens. De même, la prière est la plus divine de toutes les vertus.23

A l’étape de prière pure, l’esprit devient l’image de Dieu, temple, esprit divin, l’esprit humain se voit en Le voyant. Cette perception est simultanée. Tout en connaissant Dieu, l’intelligence (nous) se reconnaît comme réceptacle de la lumière de la Sainte Trinité, donc se voit claire comme le saphir ou comme le ciel. Il s’agit de l’intellect pur devenu capable de participer à la contemplation de la Sainte Trinité.24

Cet enseignement est proche de la theoria de saint Grégoire de Nyssa où Dieu est contemplé dans le miroir de l’âme. Mais à Evagrie, cette percetion de la lumière de Dieu dans le nous divinisé devient une réalisation suprême, une perfection stable qui ne connaît ni haut, ni bas, ni montées, ni descentes Dieu est perçu directement, Lui qui est imperceptible autrement. La Sainte Trinité ne se découvre pas aux êtres corporels et sa connaissance reste incompréhensible autrement que par la grâce divine. Sans conteste, la lumière divine descend pendant la prière en esprit (nous). La prière pure réalise le retour vers l’état primaire, et purifiant l’esprit qui devient ainsi capable de recevoir directement la lumière de la Sainte Trinité.

Un autre Père de l’Eglise préoccupe de ce problème est Clément d’Alexandrie. Il dit que le but chrétien est de connaître au de voir Dieu. La gnose est considérée une contemplation perpétuelle et elle est supérieure à la foi. Il ne suffit pas d’être chrétien pour posséder la gnose ; on doit cultiver ce don par une vie dédiée à la contemplation. If faut dépasser les passions pour parvenir à l’état de la non passion ou apatheia, l’idéal ascétique. Seul le chrétien parfait qui a réalise apatheia possède le don de connaître et celui-ci est un vrai gnostique. Il faut y remarque que le gnostique de Clément n’a rien en commun avec les hérétiques appelés gnostiques que Clement combat en les appelant de “faux gnostiques “. Pour Clément, les gnostiques sont des chrétiens qui ont atteint la perfection :”Dans la mesure où la gnostique aime le Seul et Vrai Dieu , il est un homme parfait , un ami de Dieu, investi en dignité de fils”.

C’est un nom de noblesse, de connaissance et de perfection qui provient de la contemplation de Dieu. C’est L’avantage suprême que l’âme gnostique reçoit au moment où elle devient absolument pure et mérite alors de voir Dieu Tout Puissant en son éternité.

C’est ainsi la vue de Dieu Père, ce Dieu invisible, abyme qui contient en Soi la grandeur du Logos et le monde des idées. Ce monde est reservé à ceux qui possède une âme pure, donc aux gnostique au moment où ils arrivent à la perfection ultime. Mais seulement un petit nombre d’hommes parvient à atteindre les profondeurs de la gnose. La plupart réalise une connaissance imparfaite. La connaissance parfaite est impossible ici, sur la terre et seule la gnose peut l’offrir après la mort.

Pourtant, Clément donne comme exemples de vrais gnostique et il nomme Jacques, Pierre, Jean, Paul et d’autres apôtres. Le gnostique connaît tout, comprend tout, même ce qui semble incompréhensible pour les autres25.

La contemplation de Dieu est le plus grand bonheur et il semble qu’elle engage presque exclusivement la faculté intellectuelle de l’homme. On est assez loin de la perspective eschatologique de Dieu présentée par Irénée.

Il y a d’une part la vie pure des heureux qui entrent en communion avec la lumière éternelle du Père répandu dans le monde par Jésus-Christ le Trés Glorifié.

Il y a d’autre part cette gnose, perspective intellectuelle, compréhension de l’incompréhensible que Clément exalte comme but ultime des chrétiens parfaits. On constate une scission entre le Dieu vif de la Bible et le Dieu de la contemplation platonicienne. Et Clément declare :”Je le dirai hadiment: celui qui suit la gnose pour la science divine elle-même, ne la possedéra pas parce qu’il veut être sauvé”. “Si hypothétiquement on propose au gnostique de choisir entre la connaissance de Dieu et la redemption, en supposant que ces deux choses existent séparément (en réalité elles sont absolument identiques), sans aucune hésitation le gnostique choisirait la connaissance de Dieu.’26 On voit ici une séparation, soit-elle seulement théorique, entre la contemplation de Dieu (Gnosis tou theou) et la rédemption éternelle. La gnose est exalté comme étant au-dessus de la rédemption. Pour Clément, la notion de la gnose rappelle quelques passages de “Poimandres” un ensemble de traités considérés hermétiques, rédigés en Egypte et dans lesquels la connaissance est présentée comme une sorte de divination par laquelle on s’élève vers les étoiles fixes. La pensée, qui n’est pas séparée de l’essence divine, guide les gens vers Dieu ; ainsi on parvient à la rédemption par une connaissance qui est supérieure à la foi. Pour Clément, il existe tous les éléments qui permettent l’affirmation de la contemplation de l’essence de Dieu par les gnostiques. Même pour Origéne les chrétiens se divisent en deux catégories: les uns croient, les autres connaissent. Naturellement, cette connaissance ne peut pas être séparée de l’amour. Donc, Clément et Origéne ont réussi à spiritualiser le christianisme.

Mais le problème de la gnose était d’expliquer l’existence d’un monde inférieur, perissable, soumis au mal et à la souffrance qui émane, dit-on, d’un démiurge inférieur. Ce n’est pas hasard que les Pères de l’Eglise pendant les premiers siècles chrétiens ont été preoccupés de formuler une vision biblique et métaphysique sur la création du monde et du mal. En contraste avec la pensée dualiste d’origine panthéiste qui soutient que le monde sensible et le monde intelligible proviennent de l’éternité comme deux réalités parallèles qui ne peuvent pas être coinciliées, la pensée patristique orientale, à son époque d’or, par Saint Grégoire de Nyssa, a affirmé l’idée que le monde matériel provient du monde spirituel et peut être transfigurer par le pouvoir du Saint-Esprit. Les événements de la vie de notre Seigneur Jésus Christ, comme par exemple Sa transfiguration sur le Mont Thabor, le passage de son corps ressuscité des morts par les portes fermées ou l’Ascension au Ciel, tout atteste que Dieu-Homme Jésus-Christ n’est pas venu pour condamner la matière, mais pour la transfigurer.

Nous nous trouvons ainsi en présence de deux theologies. L’une est gnosticisante en Occident, restée sous la domination du dualisme de la philosophie grecque et qui about it par la sécularization du monde. L’autre est chrétienne, orientele, et elle dépasse le dualisme du monde antique et elle a comme but la rédemption par la transfiguration de l’homme et de la création en Jésus et en Eglise, par l’oeuvre des énergies non-créées de Saint Esprit avec la bonne volonté de Notre Père des Cieux.

Le christianisme est différent de gnosticisme parce qu’il n’a pas la prétention de répondre à la question: “Antequam mundum faceret Deus, quid agebat?”27

Donc il ne prétend pas de décrire l’existence de Dieu en soi, avant la création du monde. Il s’agit d’un refus du christianisme de se substituer à Dieu en essayant de produire des explications théologiques et cosmogoniques. La révélation don’t parle l’Ecriture est une révélation de Dieu en Sa relation avec l’homme. Il ne s’agit pas d’une divinité considérée en elle-même. A cette question des gnostiques, Saint Irénée repond tout simplement que nous ne savons pas ce que Dieu fasait avant la Création, les Ecritures Saintes n’en dissent rien.

La gnose valentinienne postulait l’existence d’une tragédie en divin et la création du monde était considérée comme le résultat d’une crise du divin. En échange, Tertullien dans “Adversus Marcionem” cherche à combattre le gnosticisme de Marcion, qui distingue deux Dieux, l’un cruel, vengeur, qui juge et un autre doux, bon, qui perdonne. Tertullien affirme que le Créateur se manifeste en Sa création et la création a été faites expressément pour que Dieu soit connu “ut Deus cognoscetur”28. Et ce Dieu est unique et il se connaît de ses oeuvres. La même unité de Dieu, Créateur et Sauveur du monde est formulée par Origène dans la préface à “Peri Archon”29. Origène oppose à ces doctrines dualistes gnostiques une formule de foi en nommant hérétiques tous ceux qui en feignant croire en Jésus, soutient un Dieu de la Loi et des Prophètes et un autre, le Dieu des Evangiles, Père de Notre Seigneur Jésus Christ.

Même s’ils ne nient point que la Loi et les Prophètes viennent de Dieu, ils sont appelés hérétiques pour affirmer que Démiurge aurait crée ce monde pour glorifier un autre Dieu, bon, et que ce Dieu, à l’insistance du Démiurge mécontent de son travail, aurait envoyé Son Fils Jésus Christ, à la fin du temps, pour corriger le monde.

La tradition orientale a combattu non seulement ces hérésies, mais aussi le dualisme de la pensée hellénistique entre esprit-matière, intelligible-sensible par des voix très connues auxquelles s’ajoutent aussi Saint Athanase le Grand avec “Contra Gentes” et Saint Maxim.

En dépassant le dualisme religieux et philosophique antique, la doctrine des Saints Pères part du Logos divin comme on affirme dans le Prologue de l’Evangile IV de Jean30, qui dit que “la Parole était avec Dieu et la Parole était Dieu”. “Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle” (Jean I, 3). Ainsi le monde visible a un fondement rationnel et spirituel qui ne se trouve pas en dehors de la matière, mais à son intérieur.

Le but de la connaissance de Dieu n’est pas celui de satisfaire une simple curiosité intellectuelle, mais celui de perfectionner l’homme du point de vue rationnel, spirituel et moral31.

Les diverses professions de foi des Pères de l’Eglise vont atteindre l’apogée avec la formule connue du Crédo, établie par le Concile de Nicée, en 325. Le Crédo de Nicée résume, d’une certaine manière, toutes les formules de foi que les Pères de l’Eglise ont essayé d’opposer au dualisme gnostique. En fait, le gnosticisme, étant lui-même une croyance religieuse, ne pouvait pas être combattu et repoussé par une démonstration qui lui infirmerait les principes.

L’Eglise ne pouvait répondre qu’en affirmant sa proper croyance en un seul Dieu, en l’identité de la révélation du Vieux et du Nouveau Testament en l’existence d’un seul Jésus Christ et le Paraclète de Saint Esprit, qui forme un seul être avec le Père et le fils. On peut dire que le gnosticisme est un phénomène protéique, polymorphe et plurivalent, dont les chercheurs n’ont pas pu expliquer d’une manière satisfaisante, la genèse historique.

Mais voilà qu’à la fin du XX-e siècle et au début du XXI-e siècle, après de fascinantes découvertes archéologiques, on n’a pas pu clairement répondre à la question : où et quand est apparu le premier gnostique. En échange, on a formulé des hypothèses plausibles sur l’apparition de la pensée gnostique dont le composant principal est le dualisme, l’opposition de deux principes.

Ceux qui ont étudié la phénoménologie de la religion supposaient que le noyau générateur de la pensée gnostique se trouverait dans la conscience humaine malheureuse, qui, à un moment donné, se percevait en divorce avec le monde et se sentait aliénée dans un monde hostile. En réalité, il s’agit de résoudre rationnellement un problème religieux, celui du mal, soit qu’il s’agit du mal essentiel de la condition humaine, soit qu’il s’agit du mal ontologique.

I . P. Culianu identifiait les règles simples de l’engendrement du système dans l’exégèse du Vieux Testament qui consiste en la séparation de Dieu du Vieux Testament de Celui du Nouveau Testament en mettant entre eux l’abyme du dualisme.

“Les gnostiques ont été les premiers théologiens spéculatifs”, disait Hans Jonas32. Et l’on peut dire que toujours quand la théologie devient spéculative, quand elle perd le contact avec la réalité de l’incarnation de Dieu, elle devient plus ou moins gnostique. Alors elle fait des pas en arrière en s’opposant à la connaissance dogmatique de la Révélation de l’Eglise et du christianisme orthodoxe ainsi comme elle a été formulée dans la Sainte Ecriture et expliquée par la tradition théologique et spirituelle des Saints Pères.

REZUMAT

Gnosticismul în toate variantele lui a fost și continuă să rămână o provocare pentru cercetători. Este și acesta unul din secretele fascinației lui. El este definit a fi un sistem filozofic, religios, cu o doctrină sincretistă, compusă din elemente ale religiilor de mistere.

Fenomenul gnostic pare să nu aibă o identitate bine conturată din două motive: în primul rând, din cauza naturii sale sincretice și în al doilea rând din cauza ambiguității naturii sale, situate la jumătatea drumului dintre filozofie și religie. Gnoza nu este propriu zis o filozofie, întrucât operează cu mituri, întreține diferite forme cultice, ceea ce subsumează clar categoriei religioase dar, în același timp, se acordă o importanță aparte speculației intelectuale, chiar dacă aceasta se rezolvă, în cele din urmă, în registrul mitologic.

Gnoza creștină are ca trăsătură distinctivă faptul că ea își are temeiul în existența personală a lui Dumnezeu și în caracterul de chip al lui Dumnezeu, al existenței personale a creaturii. Gnoza e un proces interpersonal, al cărui inițiativă stă în ultimă instanță în mâna lui Dumnezeu.

În gnosticismul de toate nuanțele cunoașterea este însăși calea de mântuire a omului. Adevăratul gnostic se dovedește a fi adevăratul mistic , cel care în întâlnirea cu fericita « lumină a Sfintei Treimi » își dă seama de propria lumină adică de caracterul existenței sale, de chip a lui Dumnezeu, de raportarea pură la Dumnezeu.

Häns Jonas spunea în lucrarea « La Religion Gnostique » că « gnosticii au fost primii teologi speculativi ». Inversând termenii ecuației se poate spune că totdeauna când teologia devine speculativă, când pierde contactul cu realitatea incarnațională a Cuvântului lui Dumnezeu, ea devine mai mult sau mai puțin, gnostică și se află în regres față de inteligența dogmatică a revelației bisericii și creștinismului ortodox așa cum a fost ea formulată în Sfânta Scriptură și explicată în tradiția teologică și spirituală a Sfinților Părinți.